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jeudi 20 juillet 2023

Toussus, hier, aujourd’hui et demain

 

Source : Gallica / bnf

Que pouvaient dire les médias en 1954, à trois ans du cinquantenaire de l'aérodrome de Toussus ?

Un article d'une revue spécialisée "les Ailes" rédigée 3 ans avant le cinquantenaire de la création de l'Aérodorme de Toussus, et la célébration du centenaire en 2007.  Il est intéressant de comprendre la vision d’époque par rapport aux projets d'Aériapole et Aeriastory presentés depuis 2015 et pour l'Aéro-Saclay en 2017, en route vers pour une vision de demain...

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Article de Pierre DESBORDES. – Les Ailes 27 mars 1954


"Le plus ancien et le plus vivant des terrains de France

S'il fallait, par le détail, conter  l'histoire de Toussus-le-Noble,  son passé, tout un numéro des  « Ailes» n'y suffirait pas. Et, cependant, écrire cette histoire serait ­ passionnant.

C'est devenu un lieu commun de dire qu'Issy-Les Moulineaux à été le berceau de l'Aviation française. C'est  incontestablement Issy-Les Moulineaux qui a groupé le plus grand nombre d'expérimentateurs à l'époque héroïque qui s'étend de 1908 à 1914, mais le premier terrain d'Aviation de la région parisienne, qui ait conservé cette destination, est bien Toussus-le-Noble.
On a volé à Champlan, Palaiseau, à Bagatelle, à Vincennes  et en bien d'autres lieux, mais sans lendemain. Toussus le Noble, non  seulement a subsisté, mais s'est développé jusqu'à devenir ce qu'il est aujourd'hui, c'est-à-dire  l'aérodrome français le plus actif,  celui où l'on enregistre chaque année quelque soixante-dix mille mouvements d'avions ... Une sorte de record !

Au « Trou-Salé ... »

Toussus-le-Noble n'existe pas d'hier puisque c'est en 1907 que Robert Esnault-Pelterie découvrit le fameux plateau où il devait effectuer ses premières expériences d'Aviation et ses premiers vols. 

Dans trois ans, par conséquent, L'aérodrome de Toussus-le-Noble pourra célébrer son cinquantenaire ...  Aucun terrain au monde ne sera capable d'en faire autant en 1957 !

Robert Esnault-Pelterie (REP) s'installa près du « Trou-Salé », petit étang aujourd'hui asséché et par  conséquent, disparu, dont le nom restera cependant indissolublement lié à l'histoire de l'aérodrome.

C'est  là que furent expérimentés les premiers aéroplanes R.E.P. Peu après, Maurice Farman s'installa à son tour au « Trou-Salé », dans un hangar mis à sa disposition par Robert Esnault-Pelterie. Maurice Farman n'était pas alors associé avec ses frères et Henry Farman, pour sa part, après avoir quitté Issy  Les Moulineaux, lieu de ses premiers exploits, était allé se fixer au camp de Chalons.

En 1909, Maurice Farman ayant constitué une société avec quelques personnalités connues du monde de l'Automobile, notamment MM. Kellner et Neubauer, acquit dix-sept hectares du terrain sur lesquels allait s'édifier l'aérodrome Farman de Toussus-le-Noble. L'année suivante, les trois frères Farman se réunissaient pour former une entreprise commune dans les destinées de laquelle l'aérodrome de Toussus allait jouer un rôle de plus en plus important.

 L'aérodrome Farman devint à la fois l'école de la firme et son terrain d'essais. Ses installations se développèrent considérablement avant la guerre de 1914-1918 et durant celle-ci mais, c'est surtout dans la période qui suivit, celle qui sépara les deux guerres, que le terrain, prit son extension et fut le théâtre d'une activité intense.

De grands hangars furent édifiés ainsi qu'un vaste pavillon de direction et des bâtiments annexes, tout cet ensemble animé par un groupe de pilotes d'essais et de moniteurs incomparables comme jamais un centre d' Aviation n'en réunit ailleurs. L'aérodrome Farman s'étendait alors des abords du « Trou-Salé », en direction du Nord­ Ouest jusqu'en un point proche de l'aérogare actuelle.

 Toussus-Paris

Entre temps, le plateau, avait d'ailleurs attiré bien d'autres firmes aéronautiques. Blériot s'était installé à Buc, Caudron à Guyancourt ... Un groupe se constitua, quelques années après la guerre de 1914-1918 pour réaliser un autre aérodrome, à Toussus-le-Noble, plus spécialement destiné, celui-là, à l'aviation privée. Il acquit les terrains nécessaires, plus à l'Ouest de l'aérodrome Farman, et y édifia deux hangars. Ce fut l'aérodrome de Toussus-Paris.  Jean Salis y installa une première « station-service » dans l'un des hangars, il y créa une école de pilotage. Plusieurs clubs rallièrent le nouveau terrain et y situèrent leurs activités. Mais, en dépit de celles-ci, Toussus­Paris ne fut pas une réussite financière et l'affaire, ne réalisant pas de bénéfices suffisants pour couvrir ses charges, périclita. Toussus-Paris devait fermer ses portes, quand, en 1939, la guerre éclata.

Puis ce fut, en 1940, l’occupation.  Les Allemands trouvèrent Toussus­Paris abandonné mais le terrain, évidemment, subsistait.
Ils réalisèrent qu'en le réunissant à  l'aérodrome Farman, on disposerait d'un terrain magnifique. Et comme il n'y avait pour eux ni considérations de propriété, ni problème financier, ils passèrent à l'exécution. C'est ainsi que naquit l'aérodrome actuel de Toussus-le-Noble par la réunion des deux terrains qui, dès lors, n'en formèrent plus qu'un seul. Ce sont les Allemands qui asséchèrent le «Trou-Salé » en inversant le sens des canaux qui l'alimentaient et assurèrent la disparition de l'étang. Ils déplacèrent les hangars, en installèrent de nouveaux, créèrent des pistes.
Les combats de la Libération et les bombardements qui les précédèrent devaient d'ailleurs endommager toutes ces installations et quand les Allemands s'en allèrent, l'aérodrome de Toussus-le-Noble était en assez piteux état, Le terrain n'en subsistait pas moins.

Il fut d'abord utilisé par des formations de l’Aviation américaine, par une formation britannique, puis, quand celui-ci revint de Russie, par le Groupe «Normandie-Niemen». C'est seulement lors du départ du Groupe «Normandie-Niemen» pour l'Afrique du Nord que Toussus-le- Noble devint vraiment le grand aérodrome parisien de l'Aviation privée.

L’Aviation militaire n'y est plus représentée que par les installations, fort importantes d'ailleurs, du Service d'Approvisionnement en Matériel de l'Aéronautique Navale (S.A.M.A.N.) dont le trafic ne gêne guère celui des civils, l'élément marin entretenant avec l'élément civil les meilleures relations. Depuis, au SAMAN, s'ajouta une Section de Vol du S.R.C. (Service de Réception et Convoyages).

Toussus, aujourd'hui




Il est superflu de s'étendre longuement sur ce qu'est aujourd'hui Toussus-le-Noble ou plutôt sur ce qu'il est devenu. Non seulement les dégâts qu'il avait subis, ont été réparés mais ses installations considérablement améliorées et étendues. En ce qui concerne sa superficie, on l'a conservée telle qu'elle était après la réunion de l'aérodrome Farman et de celui de Toussus-Paris.

Deux événements marquèrent sa gestion d'après-guerre et sont particulièrement à souligner. Le premier est que Toussus-le-Noble, devenu aérodrome d'Etat, fut géré, comme tous les aérodromes, d’Etat de la région parisienne, par l’Aéroport de Paris. Le ­second est que la direction de Toussus-le-Noble a été confiée à Henry Tessier. L'Aéroport de Paris a compris l'intérêt de développer Toussus-le-Noble, d'en faire le grand centre de l'Aviation privée, de consentir l'effort qu'implique ce programme et il a trouvé dans le Commandant Tessier, secondé par le Commandant Bouchard, l'homme éprouvé l'animateur dynamique et l'ami de toujours de l'Aviation privée qui convenait pour mener à bien l'œuvre entreprise.

Henri Tessier

Toussus-le-Noble n'est pas seulement une Base d'Aviation privée dont le trafic ne cesse de croître avec les vols d'école, les sorties touristiques, les départs et les atterrissages d'avions légers venant ou arrivant de tous les points de  France où de I’ étranger, C'est aussi un petit centre industriel qui tend à se développer avec l'installation de stations-­ services comme celles de la S.N.C.A.N., de la Société Commerciale d'Aviation Farman, de la Compagnie Française d'Aviation, d'Air-Tourist.

Depuis que la station-service de la S.N.C.A.N., venue de Guyancourt, s'est installée à Toussus, ses activités ont été décuplées dans le montage, l'entretien et la révision des productions de la firme : «Norécrin », Stampe, N.C.853, et aussi d'autres avions.

D'autre part, la présence de Farman, en ce lieu, est comme le symbole de la continuité de l'Aviation française. Farman est là depuis bientôt cinquante ans ! 

Les clubs, fixés à Toussus-le-Noble, constituent cependant l'essentiel de l'activité de ce terrain ; c'est l'apport de l'ancien Toussus-Paris à l'aérodrome actuel. On sait que fonctionnent, sur celui-ci, beaucoup de clubs pleins d'allant comme le Groupe Aérien du Touring-Club de France qui, à lui seul, en voyages, totalisa, l'an dernier, bien plus d'un million de kilomètres, l'Aéro-Club du Canton de Sceaux, le Club Aérien de Paris, etc ..

Un centre idéal de propagande.

 En outre, Toussus-le-Noble  constitue certainement le centre par excellence de là propagande aéronautique. L'attrait qu'il exerce sur ceux qui se décident à venir y passer une journée ne saurait laisser indifférentes ni l’Aviation marchande, ni même l'Aviation militaire. C'est la source, pour l'une, d'une clientèle nouvelle, pour l'autre, d'un recrutement plus facile, plus large. A ce point de vue, on ne saurait ­donc trop insister sur l'effort conjugué de l’Aéroport de Paris et du Commandant Tessier pour rendre l'aérodrome toujours plus accueillant à ceux qui le visitent afin de leur donner le désir d'y revenir et de participer eux-mêmes à ces activités aériennes.  

A ce point de vue, beaucoup déjà a été fait. L'aspect du terrain; avec ses parterres fleuris, est agréable, plaisant. L'aérogare, avec tout ce qu'elle abrite, ne l'est pas moins. Au temps de Toussus-Paris, la société exploitante avait commencé l'édification d'un club-house qu'elle ne put jamais terminer. Les Allemands voulurent l'achever ; ils durent s'en aller sans avoir pu y parvenir. C'est seulement après la guerre que l'Aéroport de Paris, poursuivant la construction commencée, étendit le projet et, du club-house primitivement envisagé, sortit l'aérogare actuelle.

Elle groupe tous les Services du terrain,  Direction, Police, Douanes, la tour de contrôle, une très belle salle d'accueil, le  bar et le restaurant de Mm Bouclon qui ne sont pas le moindre attrait de Toussus ..

De leur côté, les entreprises et les  clubs basés sur le terrain se sont efforcés de seconder, par leurs aménagements propres, les efforts du Commandant Tessier pour faire de Toussus le centre attractif de l'Aviation privée de la région parisienne et y attirer le public.

Un « Aéro-Parc »

 On vient maintenant à Toussus, on y vient de plus en plus.
Mais il faut que l'on y vienne encore davantage. Et c'est bien pourquoi, à ce qui a déjà été fait, vont s'ajouter de nouvelles réalisations dont il est permis d'attendre, dans ce sens, les meilleurs résultats.

Toussus va avoir ainsi son « aéro­parc » dont la concession a été accordée par l' Aéroport de Paris, à M. Michalet, lui-même pilote.  Cet « aéro-parc », qui se situera près de l'aérogare,  comprendra :

 1 °. Une station-service pour automobiles avec pompes à essence, lavage, graissage; atelier  de petit entretien et réparation de pneus; garage fermé pour les usagers du terrain, deux voitures 4 CV. destinées à la location sans chauffeur, une auto-école, ..­.   

  2°. Un parc de sport et de jeux avec Piste pour le vol circulaire des modèles réduits, golf miniature, volley-ball, spiro-ball, deux jeux de boules lyonnais, un parcours de « pétanque» marseillaise, un portique avec agrès, un service de location de bicyclettes d'enfants, autos mécaniques, trottinettes, un jardin d'enfants surveillé.

 3.  Un bureau de tourisme en liaison ­avec les  hôtels, les agences de théâtres, les entreprises d'excursions en autocar,  les compagnies aériennes, maritimes et ferroviaires ; ce bureau de tourisme centralisera  les demandes de baptêmes de l'air,  de vols à la demande, constituera le centre de propagande et de publicité en faveur de l'aérodrome et de ses  activités. 

 4° un comptoir de vente d'articles de sport, de jeux et jouets aériens, de modèles réduits, de micro-moteurs, etc.., .

L' «aéro-parc » de Toussus-le-Noble est en cours de réalisation ; il doit­ fonctionner vers le 1er mai prochain.

En même temps, un effort est accompli pour améliorer les routes d'accès ; en ce moment même, on
travaille dans ce sens à la route qui relie Buc à Toussus. Toute une série de panneaux publicitaires doivent être mis en place depuis le centre de Versailles jusqu'à l'aérodrome même pour faire connaître celui-ci et l'intérêt que présentent, pour les visiteurs, ses activités et ses installations.

Un point noir: les pistes

Mais le centre de propagande que Toussus est devenu ne doit pas faire oublier que l'efficacité de cette propagande repose avant tout sur le développement des activités aériennes du terrain, sur son organisation aéronautique et la mesure dans laquelle celle-ci satisfait les besoins et les désirs des usagers.

Si tout, dans ce domaine, n'est pas encore réalisé, du moins a-t-on fait pas mal de choses, et cela, on ne saurait trop le dire, grâce à la compréhension et à la persévérance du Commandant Tessier qui fut et continue d'être non seulement le chef du terrain, qu'il contrôle avec fermeté, mais, en même temps, le représentant, le porte-parole et souvent le défenseur de ses usagers auprès de l'Aéroport de Paris.

En ces dernières années, on a doté les diverses installations, bâtiments ­et hangars d'une route qui les dessert; on a l'an dernier, créé l'indispensable « taxiway » qui facilite tellement aux avions l'accès des hangars en même temps qu'il accroît la ­sécurité des piétons circulant devant ceux-ci ; on a considérablement agrandi l'aire d'embarquement.

On a amélioré les conditions de circulation des avions et les conditions de travail de la tour de contrôle. Certains jours, à certaines heures, on enregistre à Toussus un atterrissage toutes les cinquante secondes ... ce qui donne la mesure de la vigilance imposée aux Services de la tour. On a installe un gonio V.H.F. cathodique pour guider et « tirer» les· avions munis de radio, et qui constitue l'aide radio la plus moderne qui existe en V.H.F.

Le terrain lui-même a été l'objet ­d'incontestables améliorations, mais il faut bien le dire, c'est dans ce domaine qu'il reste le plus à faire si l' Aéroport de Paris entend répondre, comme nous en sommes persuadés, aux desideratas des usagers.

Quand Toussus-le-Noble fut, de nouveau, ouvert à l'Aviation privée, on ne disposait que d'une unique piste en grille, créée pendant la guerre et orientée Nord-Est - Sud-Ouest.

Devant l'intensité du trafic, elle devint   bientôt insuffisante et, sur l'initiative personnelle du Commandant Tessier, une bande gazonnée fut créée, parallèlement à la piste en grille. Cette piste fut réalisée dans un temps record: en vingt-quatre heures ! Il y a de cela cinq ou six ans et, malheureusement, depuis, rien d'autre n'a été fait pour améliorer les conditions de départ et d'atterrissage à Toussus.

Le vœu des usagers

Rapportons ici l'opinion et les vœux des usagers. 

La piste en grille est en très mauvais état, au point qu'un accident demeure possible, d'autant plus que plusieurs types d'avions ne s'accommodent pas du tout des grilles à cause des trous qu'elles comportent.
Bien sûr, la plupart des avions légers s'accommodent fort bien, au contraire, de la bande gazonnée.

Mais le malheur est qu'il faut interdire l'usage de cette bande après une période de pluie. Elle vient d'être interdite pendant près de quinze jours parce que détrempée et, de ce fait, pratiquement inutilisable.

Il faut, évidemment, porter remède à cet état de choses et le plus tôt possible.
Que proposent les usagers ?

- La création d'une piste coupant les deux autres pour n'avoir plus à décoller et à atterrir à la limite de la sécurité par certains vents de travers et diminuer ainsi la fatigue anormale des appareils légers qui ne sont pas faits pour de tels efforts et dont l'entretien coûte horriblement cher.

La solution pratique qu'ils préconisent consiste en deux pistes en béton, se coupant sensiblement à 90°, doublées de bandes gazonnées. Les pistes en béton, par économie, pourraient être limitées dans leur longueur à 800 mètres, dans leur largeur à 30 mètres, leur orientation étant sensiblement Nord-Ouest - Sud­ Est. Quant aux bandes gazonnées, le fait, pour chacune d'elles, d'être coupée en son milieu par une piste bétonnée ne serait pas un inconvénient majeur et, pour s'en  convaincre il suffit de citer en exemple l'aérodrome de Deauville.

A Toussus, avec les pistes gazonnées, on aura toujours l'inconvénient cité  plus haut qu'elles seront inutilisables en temps de pluies prolongées. Mais, quand il en sera ainsi, les avions légers pourront toujours décoller et atterrir sur les pistes bétonnées au lieu de rester au hangar, comme c'est le cas présentement parce que leur roulette de queue ne s'accommode pas des grilles.

Aéroport de Toussus le Noble années 50

L'avenir est à Toussus

Tout cela, naturellement, a déjà été exposé à l'Aéroport de Paris, qui ne se décide pas à effectuer les travaux nécessaires dans l'incertitude de ce que sera demain.
 L'avenir de Toussus-Ie-Noble  n'est pas fixé. Quelle sera sa situation par rapport à Guyancourt ? Peut-être Guyancourt est-il appelé à supplanter Toussus ...

« La bonne solution, dans ces conditions, n'est-elle pas de supprimer les pistes de Toussus - toutes les pistes - la piste en grille et la piste gazonnée, et de faire un terrain « toutes directions ».., en herbe, comme c'était le cas avant-guerre ?»

Les usagers ne sont pas du tout de cet avis et notre pensée rejoint la leur. 

- Toussus-le-Noble est une réalité, un fait. Son passé répond de son avenir. Ses installations actuelles sont déjà trop importantes pour que l'on puisse y renoncer, les supprimer. Ce serait, ajouterons­ nous, un gaspillage qui toucherait au scandale ! Peut-être sera-t-on amené, un jour, à faire du plateau de Buc, avec Buc, Toussus, Guyancourt, un aérodrome unique, de très grande classe...  Mais ce n'est pas demain et même, dans ce cas, il est permis de penser que Toussus est et restera le point central de cet aérodrome.

 De toute façon, il n'est pas permis d'attendre dix ou vingt ans avant de se décider à apporter au terrain et aux pistes de Toussus les améliorations qui s'imposent ... d'urgence.

 « Quant à la conception du terrain « toutes directions », elle est, sur le plan pratique,  irréalisable : dès les moindres pluies, ce serait interdire ce  terrain à la moindre activité. Pas de décollages, pas d'atterrissages possibles. On vient d'en faire l'expérience, quinze jours durant, avec I'actuelle piste gazonnée. » ·

La question, pour nous, est entendue: l'Aéroport de Paris a «misé» jusqu'ici, à­ juste titre. sur le développement de Toussus-le-Noble, premier aérodrome de France de l'Aviation privée. Nous  applaudissons à  ses efforts: Qu'il continue. Il a fait la preuve qu'il avait une politique : qu'il la poursuive.

L' Aéroport de Paris a eu la chance d'hériter du berceau de l'Aviation française. Il a eu la chance de trouver à Toussus, dans ses collaborateurs; dans les usagers du terrain, dans tous ceux qui en ont fait le plus actif, le plus animé, le plus vivant de tous nos aérodromes, les éléments incomparables du développement qui l'attend. Cela lui crée des devoirs, des obligations, Qu'il fasse pour lui ce qu'il faut faire ... Nous sommes d'ailleurs convaincus qu'il le fera, mais nous voudrions qu'il le fasse le plus tôt possible."

Pierre DESBORDES. – Les Ailes 27 mars 1954  

source : Gallica/bnf

lundi 10 janvier 2022

Périodes électorales vs priorités économiques ?


Aérodrome de Guyancourt (disparu) et Zone Tango de Toussus (disparue)

Dans la Revue Française des Sciences Politiques, il est cité que : « La France a toujours fasciné les comparatistes du monde entier. Son espace politique plutôt original, son système partisan particulièrement polarisé et l’instabilité qui caractérise parfois la vie politique de ce pays en font un cas d’étude particulièrement riche. »

Il faudrait saisir les dynamiques de la compétition électorale et des clivages à la compétition sur le terrain des enjeux

En ce qui concerne notre environnement et en prenant un exemple à ce sujet,  y aurait-il eu un triangle des Bermudes entre Guyancourt et Toussus ? Qu’est devenue la « zone Tango » ?  

Selon les Mémoires du Commandant Jacques Pageix sur la fermeture de l’aérodrome de Guyancourt, un extrait de la carte des circuits avions et hélicoptères de Toussus-le-Noble, éditée par Aéroports de Paris en Juillet 1986, permettait de situer la zone d'entraînement hélicoptères dite "zone Tango", qui jouxtait la limite Nord de l'emprise de l'aéroport.

Les hélicoptères, quelles que fussent leurs provenances, avaient l'obligation de maintenir le contact radio sur la fréquence Tour de Toussus.

Pour venir se poser à Toussus, ils devaient se signaler "verticale des pépinières", et attendre l'autorisation de "croiser" les axes de pistes et de venir se présenter sur l'aire de prise de contact commune (notée "H", à l'ouest de l'aérogare). Ils pouvaient alors regagner leurs stationnements privés en vol de translation.

Après la fermeture de Guyancourt qui regroupait plusieurs vols d'hélicoptères, l'activité des hélicoptères fut maintenue provisoirement dans la zone "Tango", car on ne savait pas sur quel site la déplacer.

Il y eut un état des lieux établis par M. Jean Chappert, ingénieur général des Ponts et Chaussées, sur l'activité d'entraînement hélicoptère en région parisienne.
Le rapport qu'il rédigea mettait en évidence l'absence de zone dédiée à cette activité en région parisienne.

D'autre part, les concepteurs et gestionnaires de la ville nouvelle créaient une forte pression, orchestrée  par des technocrates et politiciens, pour que l’aérodrome de Guyancourt disparaisse une fois pour toutes. 
Une détermination en provoquant  « une strangulation urbaine » autour d’un aérodrome non protégé par des textes opposables, et n’ayant pour défense que celle de ses usagers, pilotes, sociétés et aéro-clubs.

Allez donc expliquer aux arrivants des villes nouvelles, nomades économiques, cette nuisance sonore  qui importune ?  

A écouter les riverains, faudrait-il déplacer ces espaces vitaux à l’apprentissage et la formation, jusqu'au désert de Gobi ?  Remplacer une "nuisance" par bien d’autres ? Faudrait il faire perdre à la Région, des écoles, nécessaires à la formation professionnelle ?

 Des décisions d’indépendance économique vitales dans un monde en concurrence, qui devraient être écartées de tout intérêt politique et électoral dans un environnement sain à transmettre.

Un choix que s'est fixé l'aéroport de Toussus-le-Noble, tourné vers le futur, qui mériterait d'être  encouragé et soutenu.

mercredi 17 juin 2020

Jonction d'un plateau et d'une vallée aéronautiques

 "Versailles et l’aéronautique ! le rapprochement de ces deux termes peut paraître surprenant à nos contemporains, plus habitués à association ce lieu célèbre aux jeux d'eau, au Grand Canal et aux matelots de la Petite Venise ; et pourtant le "Pays de Versailles" a été le théâtre d'événements majeurs et décisifs de l'aéronautique française et mondiale, et même dans la Marine."

Ainsi débute la préface de Gérard Feldzer dans l'ouvrage :" Cent ans d’aéronautique au Val de Gally"

Dans la préface  de huit aérodromes sur un plateau, écrite par Robert Espérou, membre de l'Académie de l'Air et de l'Espace nous pouvons lire : "... le Plateau de Saclay offrait un espace idéal, à tel point qu'Alain Bozel, l'inventeur de l'Aéroport de Paris, avait envisagé de construire là le grand aéroport mondial dont il avait soumis le projet au général de Gaulle en novembre 1944...."

Ajouter un chapitre de l'histoire aéronautique au recueil de Versailles, un complément au Roi Soleil et de son prestigieux Château semblerait une projection à laquelle s'ouvrirait VGP depuis quelques temps.

C'est un formidable potentiel culturel, touristique et donc économique qui s'ouvrirait autour de 17 plateformes aéroportuaires concernées. Autant de communes au passé aéronautique prestigieux mitoyennes du Château de Versailles.

Notre projet serait en premier lieu de dresser une fiche descriptive de chacun de ces terrains. Des fiches qui seront consultables dans l'Atlas du site d'Anciens aérodromes.
https://www.anciens-aerodromes.com/

Puis, d'encourager et aider chacune de ces communes à monter des panneaux sous forme de kakemonos standardisés (85 x 200) afin de constituer une exposition thématique locale ou globale de tous ces aérodromes et qui serait itinérante.

L'organisation d'événements festifs et culturels, de randonnées cyclistes et pédestres, d’aéromodélismes, autour d'une histoire : l'aviation, de ses débuts, de ses pionniers dans les écrins que sont le Val de Gally, et le plateau de Saclay, bordés par des régions préservées par des parcs régionaux.

C'est l'essor de toute une économie de services qui serait stimulée autour d'un thème et d'un circuit balisés.


lundi 19 août 2019

Circulations douces, sur les pas du patrimoine aéronautique de Toussus

Stèle et Hangar Farman
Faisant suite à notre article précédent : 
Culture et tourisme : La valorisation patrimoniale des carrefours routiers

Une promotion culturelle autour d'une "signalisation" sur des parcours de circulations douces serait en mesure de mettre en valeur, autour un tourisme local, le patrimoine historique et paysager de la commune traversée.  

Pour y parvenir, Aeriastory a répertorié des lieux qui mériteraient une signalisation adéquate le long de la piste cyclable sur la D938, à Toussus le Noble, entre Buc et Chateaufort, des communes estampées d'un label "berceau de l'aviation"

Un dossier que nous avions remis en Mairie, en son temps. 


1 - FERME DU TROU SALÉ
Cette ferme se situe à la limite de l’ancien Domaine des Eaux de Versailles, contemporain du Parc de Chasse, à côté de l’étang du Trou Salé, utilisé sous Louis XIV pour alimenter le parc de Versailles en eau.
Ferme du trou salé
En 1906 et 1907, Robert Esnault-Pelterie et les frères Farman installent leurs premiers hangars d'aviation près de l'étang du Trou Salé. Sous la digue actuelle et son abri du fontainier, sur laquelle passe la D938, se trouvait l'étang du trou salé. 
Il a été asséché par les allemands durant la seconde guerre mondiale .

2 - ADP - AÉRODROME FARMAN
Robert Esnault-Pelterie est le premier constructeur d’aéroplanes à s’être installé à Toussus le Noble, toutefois l’aérodrome est d’abord l’aérodrome Farman. Il le restera durant toute la première moitié du XXème siècle.

Les pionniers :
1907 - Robert ESNAULT-PELTERIE s’installe près de l’étang du Trou Salé. On lui doit, entre autres, le moteur en étoile et le « manche à balai ». Il se consacrera au domaine spatial en véritable visionnaire des fusées et des voyages interplanétaires.

1908 – Henri et Maurice FARMAN montent leurs hangars. Le terrain de Toussus sera le lieu des
essais et mises au point de tous leurs prototypes.

Après la première guerre mondiale au cours de laquelle les frères Farman ont fourni nombre d’avions de reconnaissance et de bombardiers, ils développent des lignes aériennes commerciales : le 8 février 1919, un Goliath, piloté par Lucien Bossoutrot, inaugure la première ligne de l’aviation commerciale mondiale de Toussus à Kenley près de Londres.

C’est encore à Toussus que Lucien Rougerie, directeur de l’aérodrome, établit une méthode de pilotage sans visibilité (PSV) et crée en accord avec les frères Farman une école où pilotes, anonymes ou célèbres (Mermoz, St Exupéry…), français et étrangers viendront se former au « PSV».

HANGAR FARMAN
Il a été construit en 1917 par l’architecte Marcel Blot sur la commune de Magny-les-Hameaux au lieu-dit « Mérantais » pour le montage de l’avion géant Goliath.
Hangar à structures métalliques suspendues suivant le brevet déposé par la société Dubois et l’ingénieur Lepeu en 1915-16, il est plus léger que le bois et plus résistant, offrant une portéesupérieure permettant l’accueil d’avions de grande envergure.

Le « Mérantais » a été démonté et installé à Toussus-le-Noble à son emplacement actuel durant les années 1930.
Ce hangar est utilisé par les frères Farman, aviateurs et constructeurs d'avions qui créent les
prémices de l'aéroport.

Les frères Farman créent à Toussus la première école de pilotage en 1909 ainsi que l'une des premières compagnies aériennes ouverte aux passagers en 1919. 
Ils élaborent des avions d'exception permettant d'établir de nombreux records.

LUCIEN COUPET
Lucien Coupet débute dans la vie active comme mécanicien.
Le 2 février 1914 il s’engage dans l’aviation comme mécanicien. Il obtient son brevet de pilote
militaire le 29 janvier 1915, avec le grade de caporal. Après l’École de Saint-Cyr, il est affecté à
l’escadrille F 25, avec son frère Léon (né en 1883). Ensemble, ils accomplissent 160 missions, dont
145 de nuit, et livrent onze combats aériens. Ils mettent au point une tourelle comportant une mitrailleuse Hotchkiss de 8 mm qui équipera plusieurs appareils.
Après la guerre, il entre en avril 1919 chez Farman. Il assure la réception des nouveaux appareils et la direction d’une école de pilotage. La promotion des constructeurs se fait alors grâce aux records et aux raids. Coupet participe donc à de nombreux raids et établit seul des records d’altitude, de vitesse, de durée.
En 1919, il tente comme copilote un Paris-Dakar, avec Lucien Bossoutrot, sur un Farman Goliath.

ROBERT ESNAULT-PELTERIE
Robert Esnault-Pelterie, né le 8 novembre 1881 à Paris IXe et mort le 6 décembre 1957 à Nice, est un
ingénieur aéronautique français, pionnier de la théorie des vols spatiaux. Il est l'inventeur du manche
à balai pour le pilotage des avions.
En 1905, il invente l’aileron en modifiant un avion de sa construction conçu d'après le Flyer des frères Wright. Avec les capitaux de sa grande-mère maternelle, son père, Albert, l'associe cette même
année à une nouvelle société, les établissements Esnault-Pelterie, En décembre, il dépose le brevet du manche à balai. Le 10 octobre 1907, à Toussus-le-Noble, il teste son R.E.P. 1, monoplan à structure métallique entoilée et vernie, équipé d’un moteur en étoile. C'est le premier monoplan à voler et le premier avion construit à partir d'une armature de métal.

FRERES FARMAN
Les frères Dick Farman, Henri Farman et Maurice Farman furent des constructeurs d'avions et pilotes français. Ils ont conçu et fabriqué plus de 200 types d'avions de 1908 à 1941. En 1924, ils créent la Société générale des transports aériens.
Les lignes aériennes Farman, société d'exploitation et commerciale des avions Farman, est une compagnie fondatrice d'Air France en 1933.

LUCIEN ROUGERIE
Nommé directeur de l’aérodrome Farman de Toussus-le-Noble en 1914, Lucien Rougerie passera toute la guerre à installer de nombreux aérodromes Farman pour les avions militaires. Avec la fin des hostilités, les frères Farman vont développer leurs activités civiles et le chargent alors d’organiser les lignes aériennes Farman. Ceci va l’amener à se pencher sur le problème de la sécurité aérienne et notamment sur celui du pilotage sans visibilité extérieure (PSV). En 1928, il met au point une méthode d’apprentissage au PSV et, en plein accord avec ses employeurs, crée une école de pilotage à Toussus-le-Noble dont le succès assure rapidement la renommée internationale de l’école : pilotes français et étrangers, célèbres et inconnus se succèdent sous la coupole du F71 et sur son « banc d’essai au sol », ancêtre du simulateur de vol.

Ses recherches sur la sécurité, entamées dès 1918, l’avaient déjà conduit à déposer, en 1922, un
brevet pour un avertisseur optique de crevaison et de dégonflement des pneumatiques plus
particulièrement applicable aux voitures automobiles (n°545373 du 19 juillet 1922).

3 - E.A.N.
EAN et Zéphyr - 2009
Le SAMAN ( Service d’Approvisionnement en Materiel de l’Aéronautique Navale) s’installe à Toussus le 29 aout 1947.
Toussus le Noble a été un centre d’excellence dans le domaine technique et logistique abritant
plusieurs organismes centraux de l’Aéronautique navale, arme aérienne de la Marine Nationale, comme le Service d’approvisionnement en matériel de l’Aéronautique Navale (SAMAN) ou le bureau technique du service central de l’Aéronautique navale (SC.Aéro/Tech )

- le SAMAN, créé en 1945 à Paris, est transféré à Toussus-le-Noble, ainsi que l’Escadrille de réception et de convoyage (ERC)
- ils s’installent dans des baraques construites par les allemands pendant la guerre et libérés
par l'escadrille Normandie-Niemen affectée à Rabat-salé ainsi que dans la maison Landolff, et son parc, acquis en 1956
- vers 1970, implantation du SC,Aéro/Tech, organisme central technique, et du Centre international de gestion des matériels du Br 1150 Atlantic (CIGMA), organisme de l’OTAN
- 1er janvier 1982 : création de la BAN Toussus le Noble
- en 1982, création sur le site du CEntre RAfale de logistique Intégré (CERALI), organisme
interarmées
- en 1999, transfert de Paris du Service de l’Aéronautique navale, regroupant SC, Aéro/Tech et
SAMAN, fermés en 2005; la BAN Toussus le Noble devient établissement EAN
- en 2006, création de l’Etablissement technique de l’Aéronautique navale (ETAN) ;
implantation de différents organismes en provenance de Paris et du Bourget : Commission
permanente des programmes et des essais (CPPE) ; organismes du commissariat de la Marine : l’échelon aéronautique (DCMP/aéro) et le bureau Rechange-distribution-transit - 2010 : à la suite de différentes réorganisations du ministère de la Défense, fermeture de l’établissement.

Simulation du projet de réhabilitation
porte Quartier Jean Tulasne
proposé par Aériastory en 2018

4 - PORTE QUARTIER JEAN TULASNE – Normandie Niemen
Jean Tulasne, Cdt du Normandie Niemen
Elle prend naissance à l'entrée ouest de l'aéroport, là où on trouve encore la grille baptisée quartier Jean Tulasne, en face de la Porte de Toussus (porte du Grand parc de Versailles), elle suit la limite de l’ancienne Base d'Aéronautique Navale et s’arrête à la hauteur du hangar Farman. 

5 - AERODROME BOREL
Peu de renseignements sur cet aérodrome créé vers 1912 sur 15 ha par Gabriel Borel . 
Ses hangars se trouvaient implantés, au nord de la ferme de la Grange à Châteaufort, le long du chemin menant à la ferme de Villaroy. Ils occupaient notamment l'emplacement actuel du rond-point situé au carrefour de la route de Toussus-le-Noble à Châteaufort et de la grande route départementale de Palaiseau à Trappes. Ils disparurent aux environs de l’année 1919.


Aérodrome Borel - collection M. Robert

Gabriel Borel, ingénieur-constructeur, s'intéresse à l'aviation vers 1909 et crée une école de pilotage à Mourmelon. Représentant des avions Blériot, il s'associe à Léon Morane qui pilote ces appareils et ils fondent l’Association Morane-Borel. 
Il se sépare de Léon Morane au début de l'année 1912 ce qui donnera naissance, d'une part, à la Société Anonyme des Aéroplanes Morane-Saulnier et, d'autre part, à la Société Anonyme des Aéroplanes Borel . 

Ses appareils feront l’objet avant la guerre de commandes civiles et militaires, mais celles-ci ne tarderont pas à décliner. 
Borel continuera malgré tout à inventer de nouveaux modèles d'avions et d'hydravions

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vendredi 14 septembre 2018

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