Alors que nous célébrions en 2019 le centenaire des premières liaisons
aériennes civiles, un détour en 2026 par les rives du Tage à Lisbonne nous
rappelle que l’aventure aéronautique fut d’abord une affaire de courage pur et
d’innovation scientifique. Retour sur l’exploit de 1922 : la liaison
Lisbonne-Rio de Janeiro.
Stèle Cabaral et Coutinho - Fairey III
Aériastory
À l’heure où les voyageurs traversent les océans dans le confort feutré des
A380 ou des Boeing 777, connectés au Wi-Fi et installés dans des cabines
pressurisées, il est difficile d’imaginer l’audace qu’il fallut, il y a un
siècle, pour défier l’immensité atlantique. Pourtant, face à l’historique Tour
de Belém — là même d’où partirent jadis Vasco de Gama et les grands navigateurs
— une stèle singulière attire le regard : la réplique d’un hydravion Fairey III
B, le « Santa Cruz ».
Un défi à la mesure des Grandes Découvertes
En 1922, le Portugal cherche une reconnaissance internationale sur la scène
aéronautique. L'objectif est titanesque : relier Lisbonne à Rio de Janeiro, au
Brésil, pour marquer les 500 ans de la découverte du pays. Aux commandes de
cette mission, deux hommes d'exception : le pilote Sacadura Cabral, formé à
l'école militaire de Chartres, et le navigateur Gago Coutinho.
Si l’enjeu mécanique est de taille, c’est sur le plan de la navigation que
l’exploit va devenir historique. À l’époque, retrouver un point précis au
milieu de l’océan relève du miracle. Gago Coutinho va alors révolutionner
l'aviation en perfectionnant un sextant de son invention, adapté à la
navigation aérienne. C’est la naissance du sextant aéronautique moderne.
Le « Pot au noir » et les récifs de l’Atlantique
Le périple, entamé le 30 mars 1922, ne fut pas un long fleuve tranquille.
Après des escales aux Canaries et au Cap-Vert, les aviateurs s'attaquent à la
portion la plus périlleuse : rallier les îlots Penedos de San Pedro et San
Paulo, de minuscules rochers perdus à 1 500 kilomètres des côtes brésiliennes.
Entre la météo capricieuse et le redoutable « Pot au noir », la précision
de Coutinho fait merveille : il débusque ces « cailloux » dans l’immensité.
Mais l’amerrissage est brutal. La houle arrache un flotteur, et le premier
appareil, le Lusitania, est perdu. Loin de renoncer, les deux héros
poursuivront leur périple avec deux autres appareils envoyés en renfort,
bravant les pannes moteurs et les amerrissages forcés.
62 heures de vol pour l’Histoire
C’est finalement à bord du troisième Fairey, baptisé « Santa Cruz », qu’ils
atteignent Rio de Janeiro le 17 juin 1922. Le bilan est éloquent : 8 380
kilomètres parcourus à une vitesse moyenne de 130 km/h, pour un temps de vol
total de 62 heures et 26 minutes.
Aujourd'hui, un vol Lisbonne-Rio ne prend que 10 heures dans une sécurité
absolue. Mais le monument de Belém est là pour nous rappeler que cette fluidité
moderne repose sur les épaules de géants comme Cabral et Coutinho. Le « Santa
Cruz », après avoir terminé sa carrière à Macao, repose désormais au Musée de
la Marine de Lisbonne, témoin éternel d'une époque où l'avion n'était pas un
transport de masse, mais un instrument de conquête et de bravoure portugaise.


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