jeudi 14 janvier 2021

Dossier Technique du Rond Point Farman

de g à d : Gérard Finan, Christine des Saints, Nicolas Coutelin
 François Cheron, Marcel Renard, Gilles Pancher
Equipe Rond point Farman-Toussus le Noble
Suite à la réunion du 13 janvier en Mairie, concernant le projet de l'installation d'une maquette d'avion Farman aux insignes de Marine, sur le rond point de Toussus,  le dossier technique est finalisé.

Pour l'historique (lien à l'article) 
et depuis la formation de l'équipe (Lien à l'article) le 5 juillet 2020,  les réunions se sont succédées pour aboutir  aujourd'hui, à la présentation d'un dossier technique. Il sera remis très vite, aux Services du Département et obtenir leurs approbations.

Passé ce stade,  c'est le Conseil Municipal qui devra  délibérer et voter l'engagement des travaux.

En ce qui concerne Aeriastory, les motifs et l'objectif que s’était fixée l'association, sont atteints. Sa réalisation reviendra au vote du CM.  

Nous remercions les élus et toute l’équipe associative pour leurs efforts, leurs constances et la célérité qu'ils ont mis dans ce dossier malgré les conditions particulières que le COVID19  inflige.

Ce sera alors une porte ouverte et un appel à toutes les administrations et les entreprises qui souhaiteront épauler la Commune à la construction de cette vitrine aéronautique, à l'entrée du village, porte d'entrée d'un aéroport mythique et centenaire, temple de l'aviation légère, sur une voie de circulations douces thématique.

Pour nous suivre : http://aeriastory.fr

mercredi 13 janvier 2021

Toute notre reconnaissance à André Migeo

Marcel Migeo - Deir el Zor
Crédit photo : André Migeo
Faisant suite à l'article du 20 juin concernant notre rencontre avec Christian Libes-Mermoz, président de l’association Mémoire de Mermoz (lien), Aeriastory s’engage en 2021, dans un projet sous un angle inédit.

Notre travail, les contacts et documents que nous avions accumulés lors de nos précédentes recherches aux pays du Levant, pour remonter la genèse du Normandie devenu « LE Normandie-Niemen » (2018), le Centenaire de l’aviation Civile (2019), pour arriver au Farman de la Marine (2020)  nous ont conduits tout naturellement à la famille Migeo. 

Un retour à  l’Histoire d’un monde disparu, il y a plus d’un siècle, mais toujours d'actualité.

Toute notre reconnaissance à M. André Migeo pour sa confiance. Il a bien voulu nous ouvrir l’album et les pages de l’histoire de son père, Marcel Migeo, aviateur et écrivain qui a servi au sein de l’aviation française du Levant en 1923.  

Il a côtoyé Jean Mermoz, dans le contingent de militaires envoyés sur ce qu'on appelait les T.O.E  (Théâtre d'Opérations Extérieures). Un  mot « opérations » ayant un sens assez vague qui, d'après lui, n'osait pas donner le véritable nom à des occupations de territoires accordées à la France et à l'Angleterre par les traités qui avaient conduit au dépeçage de l’Empire Ottoman.

Comment donc ne pas évoquer « le Destin » (L’éternelle détermination des choses et de leur déroulement à des moments déterminés) dans cet Orient des mille et une nuits. Un parcours qui relie un aviateur, futur écrivain, à un obscur pilote, futur grande figure, que rien ne prédestinait.  

Marcel Migeo, aviateur et écrivain, est un grand nom de l’époque héroïque de l’aviation, même s’il n’a pas la notoriété d’un Mermoz, d’un Guillaumet ou d’un Saint-Exupéry, qu’il a d’ailleurs connus tous les trois.

Pour Aériastory, M André Migeo accepte de nous faire part des souvenirs de son père au Levant durant cette période de déliquescence de l'Empire Ottoman et des troubles d’insurrectionnels levantins teintés "D'azur et de sable"

Un précieux témoignage dans la valorisation d’une Mémoire Aéronautique, qui nous fait découvrir et mieux comprendre, la scène de l’envol de l’archange lors de son séjour au pays de Zénobie.

Un projet sous forme de vidéo, accessible à tous, grâce au travail de génie de nos membres, passionnés.

samedi 2 janvier 2021

NOTRE FÊTE DE TOUSSUS-LE-NOBLE - 1930

Revue Aéronautique de France 1930
source Gallica / bnf
Devant le temps maussade dont nous fûmes gratifiés le mercredi 28, sans aucun doute ceux de nos adhérents qui s'étaient inscrits pour prendre part à l'excursion aéro-champêtre à Toussus-le-Noble ont dû se demander avec quelque anxiété : pluie ou soleil? Les optimistes disaient soleil, les pessimistes; s'appuyant sur la longue série de mauvais jours que nous venions de traverser, opinaient pluie.

Eh bien! Une fois n'est pas coutume, les optimistes ont eu raison et le ciel s'est mis de notre côté. C'est avec un soupir de soulagement qu'en, soulevant nos rideaux, au saut du lit, nous avons constaté que la journée serait belle.

Elle le fut, à tous les points de vue. Température délicieuse sous un ciel modérément ensoleillé, foule  enthousiaste et disciplinée, organisation parfaite grâce à quoi les inévitables grincheux omirent de se manifester. A la Concorde, les départs s'opèrent avec ordre et, à 11 heures précises, le dernier autocar - l'Officiel - s'éloignait, après que le commissaire qui s'était chargé d'assurer les départs - notre sympathique et dévoué Berthe - se fût assuré que nul retardataire ne restait sur le trottoir.

A Toussus, où un millier de personnes s'étaient rendues, qui par les autocars et autobus préparés à l'avance, qui par leurs propres moyens, les restaurants sont vite envahis, tandis qu'une foule immense de pique-niqueurs s'installe sur les gazons heureusement secs et à l'ombre d'arbres fruitiers dont il me serait téméraire de certifier l'espèce ou les espèces - sûrement pas des orangers ni des citronniers.

Fête de Toussus - 1930

A I'Hôtel Aviatic, table officielle. Autour du président de la Ligue, colonel Renard qu'encadrent le colonel Frugier, représentant du ministre de la Guerre, et le lieutenant de vaisseau Pizard, représentant du ministère de la Marine et eu face de qui s'est assis notre aimable vice-président, M. Dubois-Le Cour, encadré de MM. Georges Billoud, représentant du ministre de l' Air et de M. Louis Couhé et Tronchon, maire de Toussus, se sont assis, pèle-mêle, des Membres du Conseil d'administration de la Ligue dont un, notre distingué confrère de Lafreté, représente en même temps l'Echo de Paris, des journalistes, Frach des Ailes, Marchaud d'Excelsior, d'autres encore, des pilotes, dont Lalouette, devenu depuis un faiseur de rois, Burtin, Moreau, Thuau, Salel -  que me pardonnent ceux que j'oublie - et enfin des amis de la Ligue, comme le charmant Malfanti, G. Comoz, intarissable pince-sans-rire, et enfin Oazier, le sympathique directeur de l' Air-Service et qui ne se doutait guère à ce moment-là que, dans la soirée, ses avions allaient battre le record des baptêmes de l'air.

Au champagne, toast  plein d'à-propos du colonel Renard à qui répond, en une improvisation pleine d'humour et d'amabilité, le maire de Toussus qui est " un père pour nous », me confie à demi-voix mon voisin, un pilote de chez Farman. Vers 2 heures, tandis qu'on sirote lentement le café, aussi bien à l' Aviatic que dans les autres restaurants, la fanfare de Châteaufort, que dirige M. Robert, arrive à Toussus et rappelle soudain aux dîneurs qu'ils ne sont pas venus dans ce coin verdoyant de la grande banlieue parisienne uniquement pour se congratuler, bien manger et digérer placidement,

Comme par enchantement, les restaurants se vident, les pique-niqueurs délestés de leurs provisions accourent et les Etablissements Farman sont soudain envahis par 1200 ou 1.500 personnes qui se pressent devant le pavillon où a lieu le tirage de la tombola, dont les 200 lots, étaient autant de baptêmes de l'air. Beaucoup d'heureux, beaucoup plus de déceptions encore, hélas ! Mais on se console vite et chacun, sortant son portefeuille, veut bénéficier d'un « tour d'espace ». On s'arrache les billets et il faut toute I énergie de nos commissaires pour protéger contre l'enthousiasme le comptable de l'Air-Union qui, en moins d'un quart d'heure, épuise le stock de billets de vol dont il s'était muni. Il n'y en a plus. Il en faut encore! On en établit sur des feuillets arrachés d'un premier, puis d'un second bloc, et cela jusqu'au moment où un émissaire accourt en trombe : « N'en délivrez plus! Nous en avons jusqu'au soir». Et, en effet, jusqu'à six heures et demie, les avions décollent, atterrissent, repartent, chargeant et déchargeant les néophytes. Coupet emmène le colonel Renard dans la cage à poules Farman, celle qui, quelques jours plus tard, sera encore à l'honneur, au meeting de Vincennes ; pendant ce temps, à mes côtés, un brave type grogne : « Les autres volent, moi je suis volé », et il m'explique qu'il est arrivé trop tard  à la distribution des billets ; il s'éloigne en murmurant : « Mais, on remettra ça au Bourget, le 5 juillet. » A la bonne heure, j'aime cette bonne humeur et c'est elle d’ailleurs qui caractérisa cette fête populaire dont le succès fut incontestable.

Bonne humeur au bal organisé sous un hangar et où de gentils couples se disputèrent des baptêmes de l'air donnés en prix aux meilleurs danseurs ;  bonne humeur aux courses en sac, en dépit de quelques chutes qui causèrent plus de rire que de mal ; bonne humeur partout !

Et c'est ce que nous avons voulu!

Quand les autocars commencèrent à reprendre le chemin de Paris, vers six heures et demie, près de six Cents assistants avaient été  baptisés et Lalouette, qui est Pourtant un rude bonhomme, déclarait: « je suis fourbu ; j'en ai emmené pour mon compte plus de cent quarante! »
"A quatre par voyage, cela représente une honorable quantité de décollages et d'atterrissages, n'est il pas vrais ?"

Farman F190

Bien entendu, au- moment de  la séparation, on s'est  donné rendez-vous pour l'année prochaine et ce­ n'est certainement pas la Ligue Aéronautique de France qui  manquera le rendez-vous. Seulement, en 1931 gare à l'encombrement.  
Enfin on s'efforcera d'y parer.

 Félicitons-nous du succès de cette réunion. Nous nous étions fixés un but, nous l'avons atteint. Nous avions voulu que  le public entrât en contact direct et intime avec le monde de l'air ; nous  avions voulu  qu'il se familiarisât avec ce prodigieux outil qu'est l'avion et qu'il pût le voir  vivre de près. Les Etablissements Farman, l'Air-Service; le personnel de ces maisons, MM Coupet, Cazier et Aubert en tête, nous ont permis  de réaliser notre dessein au delà  de nos espérances. Qu'ils en soient remerciés.

Et remercions aussi le Service de ­la Propagande de la Ligue et  la dévouée Mme Charton qui en assure le fonctionnement avec tant d'empressement et d'amabilité ; remercions nos jeunes auxiliaires si plein de bonne volonté ; et notre sympathique secrétaire administratif M Boullant, et ces collaborateurs bénévoles que nous retrouvons en toute occasion, prêts à nous aider et de Ieur bonne parole ­et de leur action  vigoureuse, car il faut parfois de la vigueur pour maintenir douze  cents amateurs se disputant un maximum de six cents places.

Hâtons-nous d'ajouter que cette vigueur fut toujours souriante et que personne ne s'est plaint que sous le gant de velours  on ait senti la main de fer. Vais-je nommer tous, ceux qui nous ont assistés : MM. Gass,  Barberou, Prabonrieau, du Conseil d'administration, Berthe, Lamare-Picquot, Mury, Bertrand , Petit, Letmagny frères, Deunèvres, Burger, Hezard, Soubrier, d'autres encore qui ne m'en voudront pas si je ne les cite pas mais ils sont trop nombreux, et nous aurons certainement d'autres occasions de les inscrire à notre tableau d 'honneur. Et dire que j'allais, oublier M. Charton qui  - est-ce enthousiasme pour l'aviation, est-ce  soumission à  l'article- 213 du­ Code civil? ­- nous a prêté, lui· aussi, un concours infatigable et cela toujours avec le sourire.


AVIS

Ceux de  nos adhérents qui désireraient posséder des photographies leur rappelant les fêtes de Toussus et de  Vincennes, peuvent s'adresser à nos bureaux où ils en  trouveront un choix nombreux et varié


Source 
gallica.bnf.fr / BnF

mercredi 30 décembre 2020

Notre Bilan de l'année 2020

 

2020 fermera ses portes sous peu. Une année très particulière et compliquée, où la remise en question a été constante et permanente.
Il nous semble donc important qu'au travers de cette conjoncture, de partager notre bilan d'actions, car sans l'aide de nos adhérents, de nos partenaires et de nos amis bénévoles, et depuis le changement de mandat, avec la nouvelle équipe municipale, attentive à nos projets, nous n'aurions jamais pu accomplir ce beau parcours. 

Réalisation d’une exposition sur kakémonos : Du Farman au Rafale à Toussus le Noble – la Présence de 65 ans de cohabitation dans la commune. 13 kakemonos indépendants, un outil de promotion à disposition des associations et des organismes qui le demandent.

Réalisation de HUIT vidéos : Chaîne Aeriastory sur Youtube.  

Des réalisation d’événements  intra et extra commune :

Janvier : Diffusion d’un dossier de presse de 8 pages sur l’Aéronautique Navale à Toussus et le projet de Construction d’une maquette d’avion Farman.

Février : Intégration et partenariat au centenaire du Hangar à dirigeables d’Ecausseville dans le Cotentin.

Mars : 1-  Partenaire de l’exposition : L’aviation militaire à l’époque de Charles Godefroy avec Anciens Aérodromes à Soisy s/s Montmorency,
             2 - Partenaire d’Aérocollector et exposant à cette 1ere édition - Paris XIIe.

Avril : Mise en place de la structure et de l’équipe pour la Maquette Farman, réalisation d’une première phase de Dawnlight « La Menace » pour l’AAHDE. Construction de l’exposition aéronautique Navale avec les anciens commandants du SAMAN.

Mai : -  Préparation d’une vidéo « Hélène Boucher, une étoile filante dans le ciel aéronautique » avec Michèle Seignette. 

Mise en place d’une vidéo « Els Primer vols » avec Sol Vidal pour la conférence à Barcelone, reportée à 2021 pour cause de COVID-19.

Juin : Jonction entre un plateau et une vallée aéronautique (fiches historiques sur 18 aérodromes autour de Toussus le Noble)

Juillet : -  Confirmation pour la livraison d’une 2ème phase de réalité virtuelle pour le centenaire du Hangar d’Ecausseville à la Communauté d’agglomération du Cotentin (CAC)

Avec Michèle Seignette, remise de la vidéo Hélène Boucher à l’Association les amis de Yermenonville à l’inauguration de l’Espace Museal.

Constitution de l’équipe élus/association pour l’étude technique du dossier maquette Farman à Toussus.

Août :   Mise à jour du site de  l’Atlas d’Anciens Aérodromes : https://www.anciens-aerodromes.com/ -  les aérodromes autour de Toussus.

Septembre :  - Journée des associations à Toussus le Noble.

                        - Organisation de la Journée du Patrimoine et ouverture du Château Landolff

                         - Exposition sur l’Aéronautique Navale        

                        - Réunion technique avec les divers services du Département 78. – Maquette Farman.

                        -  Rapprochement avec la communauté 106 sur la plateforme de Toussus.

Octobre :  –Vidéo de la journée du patrimoine

                    – Partenariat avec l’Association les Ailes Arcysinnes de Bois d’Arcy. 

Novembre : Livraison de la 2ème tranche vidéo R/V du Hangar d’Ecausseville réalisée par Dawnlight.

Décembre : Exploitation et publication à partir du Fonds « René Crozet » avec Anciens Aérodromes.

Un Grand Merci à toute l'Equipe. Cette année encore nous voudrions remercier Daniel Bechennec pour sa grande contribution à la mise à disposition de ses belles œuvres de l’aéronautique navale.

A Pierre André Biron avec qui nous persévérons pour mettre le virtuel au service du culturel. 
Déjà deux étapes franchies avec le "Goliath" et le Hangar d'Ecausseville et qui présagent d'autres projets en route.

Un grand merci et toute notre reconnaissance aux propriétaires du Château Landolff qui nous avaient ouvert leur lieu lors de la journée du Patrimoine.

Joyeuses fêtes de fin d'année dans la prudence et la modération.


lundi 14 décembre 2020

Le Normandie-Niemen au 1er meeting aérien d’après-guerre en Suisse

Yak 3 - Cointrin / Coll A.Violand 
Ce meeting aérien oublié de Cointrin est par ailleurs aussi le 1er meeting vu en Suisse dans l’après-guerre.

Le 9 juin 1946 les ailes françaises sont alors à l’honneur à Genève notamment grâce à la présence de l’escadrille Normandie-Niemen et de ses avions russes Yak-3, ainsi que de plusieurs pilotes d’essais oeuvrant pour des constructeurs de l’hexagone.

Le meeting complète le 10ème Foire de Genève, symbole du renouveau économique et 1er salon renaissant après la fin des hostilités.

Le Normandie-Niemen (NN), la plus talentueuse escadrille de français durant la guerre

Difficile d’imaginer pourquoi la presse genevoise n’a fait que peu de cas de la manifestation aérienne du 9 juin 1946. Ce 1er meeting aérien helvétique de l’après-guerre, avec la venue de présentations de qualité, se déroula par beau temps durant le week-end de Pentecôte peu avant les vacances scolaire et attira une foule considérable nous dit la Tribune de Genève du 11. Mais le véritable événement local d’alors est lié à l’existence de la 10ème Foire de Genève, ancêtre du Salon des arts ménagers, qui se déroule du 1 au 16 et dont les journaux se délecte sur plusieurs pages chaque jour. Si la 2ème guerre mondiale est enfin terminée depuis un an, ce n’est qu’avec le printemps 1946 que l’activité reprend fortement, la foire en est un exemple, en même temps qu’une ouverture à la consommation. Les "Journées françaises" de la foire, sont donc épaulées par ce meeting aérien qui a aussi pour but de montrer les nouveaux appareils légers livrables par la France tout en offrant le spectacle de sa plus talentueuse escadrille de la dernière guerre.

Après la chute de la France, puis la création des Forces Françaises Libres, à la fin 1942 on recruta des aviateurs français, mécanos, traducteurs, etc. pour combattre l’Allemagne depuis la Russie au sein d’une nouvelle escadrille baptisée "Normandie-Niemen". D’Angleterre ou du Moyen-Orient, des hommes rejoignent l’URSS. L’escadrille "NN" finira cette guerre avec un score de 273 victoires aériennes, 37 probables, 47 avions endommagés et malgré la perte de 37 pilotes. A l’armistice, Staline offre les chasseurs russes Yak-3 aux 40 pilotes français qui rentreront en France à leur bord en juin 1945. On ôte les marquages russes, on ajoute la croix de Lorraine, des cocardes et du bleu-blanc-rouge sur la dérive alors que la casserole d’hélice porte déjà ces couleurs, pendant que la carlingue reste dans les tons gris-bleu.

Cette escadrille GC III/5 basée à Toussus-le-Noble doit perdurer et fera de nombreuses démonstrations dans l’Hexagone et quelques rares excursions à l’étranger dont en Suisse.

Ce sont six Yak-3 qui se posent à Cointrin le dimanche 9 après un vol en formation de 1h10’ de Toussus à Dijon, puis de 30 minutes jusqu’à Cointrin.

Le chef de patrouille, le Lt Marchi (no.4), est secondé par le Lt Penzini (no.20). On cite aussi les pilotes Pierre Bleton (1919-1996) et Yves Mahé (1919-1962) (avions no.14 et 35). Les aviateurs sont reçus par le major J.R.Pierroz, Poncet patron de la Tarsa, Devaud prés. de l’Aéro-Club ; Yves Maître, prés. de l’Avia, le capitaine M.Weber, ainsi que par de nombreux officiers aviateurs suisses. Des pilotes d’essais d’usine français sont déjà là, "as" de l’acrobatie, comme M.Doret, F.Détré, L.Galy et F.Lasne.

Le matin, ils font déjà frissonner les spectateurs en voltigeant à bord de bi-quadriplaces de l’aviation légère comme les Nord 1101/1002, S.E. 2300, Guerchaix-Roche T35 ou le Stampe. Un gros bimoteur militaire français (Siebel NC707) débarque encore un groupe de sous-officiers observateurs, des mécaniciens, et un officier de liaison le ss-lt Eichenbaum. Pendant une période, le public peut même s’approcher des appareils au sol. Vers 15h30, quatre des appareils de la NN dédiés à la voltige débutent un vol de 25 minutes ne dépassant pas l’altitude de 1.600m : "Les figures les plus étonnantes de la chasse ou de l’acrobatie n’ont plus de secret pour ces as du manche à balais. (TdGe)"

NB : Les avions Nord 1101 et 1002 sont développés à partir du Messerschmitt Bf108 Taïfun. Le S.E.2300 de la SNCASE ne sera construit qu’à 2 ex dont ce F-BEEL à moteur Renault 4 Pei de 140cv qui ressemble au Nord 1101. Le Guerchaix-Roche T35 fut un avion de liaison des FAFL.

Yak 3 - Cointrin / Coll A.Violand

Des pilotes français prestigieux en temps de guerre comme en temps la paix

Le Lt Roger Marchi, né en 1919, 2.230h de vol, 107 missions de guerre, crédité de 13 victoires aériennes, décèdera à 27 ans le 17 juillet 1946 dans le crash d’un avion de tourisme par la faute de son passager un mois après son passage en Suisse (baptême de l’air).

Le Lt Dominique Penzini (1914-1979) dit "Pinceau", mena quelque 253 missions de guerre dont 132 de chasse, avec 9 victoires homologuées dont 3 individuelles (1940). Après guerre, il devient responsable de la patrouille acrobatique du Normandie-Niemen et fera quelque 34 meetings en France et en Suisse. Il remplacera Marchi, à la tête de l’escadrille en août 1946.

Georges Détré (1902-1987), "le beau Georges", chef pilote d’essais, remporta notamment la Coupe Deutsch de la Meurthe avec 322,8 km/h (1933). Il décrocha un record d’altitude à 14.843m (08.1936). Il pilota le 1er Noratlas de série et le prototype du Stampe S.V.4C (06.1945) et, à 44 ans, voltigera à Genève avec cet appareil le 9 juin 1946. Sa carrière se poursuivra.

Léopold Galy (1908-2001), futur pilote d’essai ; quitte la 1ère Escadre de chasse, entre chez Dewoitine (Toulouse, 1937), pour faire équipe avec le chef pilote d’essais M.Doret qui le forme à la voltige (Dewoitine 520, etc.). Chez Sud Aviation, il pilotera le Mistral (Vampire), la Caravelle et totalisera 3.200h de vol en 1966 avec de nombreuses démos à l’étranger.

Marcel Doret si connu comme voltigeur sur Dewoitine est, lui, déjà bien cité dans Pionnair.

Fernand Lasne (1894-1984) entre dans l’aviation militaire comme mécano (1915). Breveté pilote (03.1917) il est affecté en escadrille de chasse. Fin août 1918 il est pilote d’essai à Villacoublay puis embauché chez Nieuport (1920) ; 2ème de la Coupe Deutsch de la Meurthe (1921) il remporte l’édition de 1922, puis le Tour de France Aérien pour avions de tourisme (1924). En 1925-26 il s’attribue 16 records internationaux de vitesse et de distance à bord d’un Nieuport Delage NiD.42. Après la guerre il réalisera le 1er vol du bimoteur embarqué SNCAC NC.1070 (mai 1947), puis le 1er vol du NC.1071, premier biréacteur français (10.1948) et celui du 1er monoplace à réaction français, le NC.1080 (07.1949). Il prendra sa retraite en 1958 avec 5.000h de vol et après avoir décollé 30 prototypes.

La vie passionnante du "Genevois" du Normandie-Niemen

Igor Eichenbaum, du "NN" 
Crédit Photo:  Pionnair

Quant au ss-lt français cité à Cointrin le 9 juin, Igor Eichenbaum, il est né à Plainpalais (Genève) le 2 septembre 1910, fils de deux immigrés russophones … et passera la 2ème Guerre mondiale comme interprète dans l’escadrille Normandie-Niemen ! Sa jeunesse ne fut pas de tout repos : à 7 ans, ne parlant que français, il tente de rejoindre son père en Russie. Il y reste jusqu’en 1921 isolé chez des proches où il apprendra le russe. Ses parents l’emportent alors en Allemagne où Igor ne parlera plus qu’allemand tout en résidant à côté d’un aérodrome. A 15 ans il retrouve son père en France ayant oublié de parler le russe et le français. Il termine ses études près de Paris, devient ouvrier d’usine et vise un brevet de préparation militaire en aviation. Sa myopie l’empêchera à jamais de piloter et les mutations de base en base, et surtout la guerre, le mèneront en service au Liban comme adjudant mécanicien d’armement (1940).

Pensant rallier la France libre du côté de Madagascar, il se retrouve à Djibouti d’où il s’évade en avion (12.1942) et intègre les Forces Françaises Libres en Abyssinie (FAFL). C’est alors qu’il apprend que l’on cherche des volontaires français pour le Russie. Rejoignant l’Afrique du Sud il rallie l’Angleterre (06.1943) ou un convoi l’amènera, via le Caire, en Iran, puis en Russie. Il deviendra alors l’un des interprètes du NN, plutôt que mécano, avec son ami Paul Pistrack et au grade d’aspirant (09.1943). Après guerre, revenu au rôle d’armurier et surnommé "Boum-Boum", il devient le dévoué secrétaire général de l’Association des Anciens du Normandie-Niemen créée en 1945, dans le but de garder vivant le souvenir des disparus et renforcer les liens d’amitié entre les anciens combattants soviétiques et leurs camarades français. Il sera nommé lieutenant en septembre 1946 puis capitaine en avril 1952. Bardé dune quinzaine de décorations françaises, soviétiques et autres, le commandant Eichenbaum disparaitra en 1987.

Les suites du meeting du 9 juin 1946 à Cointrin

Le lundi 10 juin 1946, l’escadrille Normandie-Niemen poursuit son périple en Suisse. Les 6 appareils rejoignent Bienne après un vol de 30 minutes. Le 11 juin, ils atteignent Zurich Dübendorf après 40 minutes de vol. Le carnet de vol de D. Penzini ne mentionne pas de démonstrations de voltige de sa part sur ces deux sites suisses. Le 12 juin, c’est le retour en France après 45’ de vol entre Zurich et Dijon. Quelque 45 autres minutes encore et ils se posent sur leur base de Toussus-le-Noble. La tournée en Suisse n’aura comptabilisé que 4h45’ de vol avec les Yak-3.

A noter que l’on reverra l’escadrille dans la région, à Chambéry, le 13 août.

La guerre froide a débuté entre l’Est et l’Ouest. On ne souhaite plus garder de matériel soviétique dans les troupes françaises. Par ailleurs les pilotes de chasse ne rêvent que de "jet" dorénavant. Les Yak-3 sont retirés du service actif au début 1947. Malgré qu’ils aient été offerts aux pilotes à l’origine, l’Etat français s’en débarrasse.

Un exemplaire (no.18) est conservé pour le Musée de l’air. Il est toujours exposé de nos jours dans sa livrée russe mais avec le no.4 aux couleurs de R.Marchi. Il s’agit d’un appareil de 1943 aux caractéristiques suivantes : envergure de 9,2m, longueur 8,5m, hauteur 2,38m, surface alaire 17,62m2, poids au décollage 2.660kg, vitesse max 648km/h, plafond pratique 10.000m, armé de 2 mitrailleuses synchronisées de 12,7mm et d’un canon Hispano de 20mm.

Pour Genève, il reste à mentionner la conférence du mardi 27 février 1951 organisée par l’Aéro-Club de Genève et l’Avia, qui se déroule à la salle de la Réformation ou le pilote NN, le capitaine Roger Sauvage vient présenter des films et photos sur le thème du Normandie-Niemen en Russie. Il est aussi l’auteur de l’ouvrage bien connu "Un du Normandie-Niemen" (1950).

Extrait de Pionnaire-ge : Le site des pionniers de l’aéronautique à Genève

 

mardi 1 décembre 2020

« Nous n'avons rien de semblable aux Etats-Unis » déclare Cary Grant à Toussus-le-Noble


La fête aérienne à Toussus le Noble - avril 1946

Une foule imposante était venue malgré le temps frais et venteux du jour. Elle était demeurée debout, captive du spectacle et plusieurs heures durant. N'est ce pas là une preuve flagrante de la qualité de la manifestation et de son objet ?

Le ministre Ch. Tillon avait tenu à assister à cette vivante exposition.

Trente appareils de tous genres avions et planeurs ont évolué au-dessus du terrain, en sur-vitesse et au ralenti. Ils étaient pilotés par la plupart de nos plus grands as : Doret, Destrée, Marcelle Choisnet... qui ont, une fois de plus, fait la preuve de leurs hautes qualités, tout en mettant en valeur la production française aéronautique légère et privée.

Unis dans une présentation simultanée, les prototypes rappelaient néanmoins trois âges de l'aviation française. Nous avons pu voir en effet :

Le Taupin. — Construction de bois et toile. Biplace. Vitesse de croisière 105 km.-h. Moteur Régnier 70 C.V. rappelant les  constructions de 1935.

L'Atalante. — Construction bois et toile. Biplace. Vitesse de croisière 170 km.-h. avec le même moteur Régnier 70 C.V. rappelant les constructions de 1939.

Puis nous avons pu admirer sans restriction certains appareils parmi la construction de 1946, entièrement métalliques (ceci soit dit en passant a frappé avec bonheur les personnalités étrangères présentes). Nous nous permettrons de citer quatre d'entre eux :

Le S.U.C. 10. — Construction métallique. Quadriplace. Empennage porté par deux poutres.  Train tricycle. Un moteur Renault 220 C.V. Hélice propulsive. Vitesse de croisière 245 km.-h. Rayon d'action 1.000 .km.

Nord. 1101. — Construction entièrement métallique. Quadriplace. Train tricycle escamotable. Moteur Renault 220 C.V. Vitesse de croisière 270 km.-h. Rayon d'action 1.200 km.

Nord 1200. — Construction entièrement métallique. Triplace. Atterrisseur tricycle escamotable. Moteur Renault 140 C.V. Vitesse de croisière 230 -km.-h, Rayon d'action 830 km.

Guerchais-Roche 30. — Construction bois. Moteur Ford V8 90 C.V Vitesse de croisière 170 km.-h. Rayon d'action 580 km. Enfin, il serait injuste de ne pas apprécier à sa juste valeur une production d'avant-garde « l'aile volante ». avion d'étude qui représente une belle tentative dans l'étude de l'aviation de tourisme de l'avenir.

Trois « Yaks » du régiment Normandie-Niémen ont clos cette journée réconfortante pour les ailes françaises, quelques exhibitions très applaudies.

Cary Grant - 1946
Nous regrettons vivement de ne pouvoir donner davantage d'ampleur à la relation, que nous voudrions plus complète, de cette attrayante et instructive présentation de Toussus-le- Noble..

Nous voudrions, en manière d'appréciation impersonnelle, confier à nos lecteurs quelques réflexions entendues, émanant de personnalités étrangères. 
Cary Grant avec sa simplicité coutumière, donna son appréciation a peu près en ces termes : 
« Nous n'avons rien de similaire aux Etats-Unis ». 
Des attachés commerciaux, faisant une comparaison avec les avions de tourisme anglais, notaient le confort et l'aisance spacieuse des appareils français.

Qu'il nous soit permis, en marge, de noter que, en cette occasion, le plaisir nous fut donné  d'admirer le S.O. 30 R. qui portera avec honneur et sécurité, nos trois couleurs dans les ciels de demain.


Extraits de la revue DECOLLAGE - Mai 1946


vendredi 20 novembre 2020

Le Fonds René Crozet, Anciens Aérodromes et Aériastory


René Crozet
Anciens Aérodromes©  
« L’avion, engin d’expérience et de sport avant la guerre, instrument de combat pendant les hostilités, tend, depuis 1918, à devenir un moyen de transport. Le dernier venu et le plus rapide des engins créés par l’homme pour diminuer les distances ouvre à l’humanité le domaine illimité de l’atmosphère. Au-dessus de la route, du rail et du navire, l’avion commence à prendre rang parmi les moyens modernes de circulation. » 
écrit
 le géographe René Crozet en 1925, dans un article des Annales de géographie.

René Crozet est né le 26 avril 1896 à Romorantin, en Sologne. Juste après avoir participé à la fin de la guerre 1914-1918, il sera agrégé d’histoire et de géographie. Il passe sa thèse avant d’être nommé professeur à Poitiers en 1936. Sa passion professionnelle s'attache à l'Art Roman. En 1954, il sera nommé par Gaston Berger, directeur général de l’enseignement supérieur, au poste de premier directeur du Centre d’Études Supérieures de la Civilisation Médiévale. Après plusieurs succès dans ce domaine un poste d’enseignement lui est offert à Yale University.

En plus de cet énorme travail fourni durant toutes ces années d’enseignement, René Crozet avait aussi deux passions : l’aviation et le chemin de fer. 

En historien et géographe avisé, il a retranscrit méthodiquement ses observations sur des carnets. Tout ce qui avait un rapport avec ce qu’il voyait et constatait dans le domaine aéronautique depuis 1909 pour terminer en 1971.
Photographe à l'excellent coup de crayon, ce passionné laisse un ensemble de 
photos et dessins d’une grande richesse et de qualité.

L’histoire de ce dossier et la mise en valeur de ce trésor

Croquis M Farman - René Crozet
Anciens Aérodromes © 
Juste avant le passage en l’année 2000, un
e personne, probablement un descendant de René Crozet apporte un dossier volumineux au centre ONERA de Meudon-la-Forêt. 
« Faites-en bon usage » dit-il avant de partir sans laisser d’adresse.

Or, il n’est pas dans les missions de L’Office National d'Etudes et de Recherches Aérospatiales, d’exploiter ce genre de dossier.  Il a néanmoins été conservé précieusement durant des années avant d’être confié à l’association Anciens-Aérodromes pour sa valorisation.

Aériastory, partenaire et membre d'Anciens Aérodromes s’engage dans l’étude pour faire connaitre ce fonds qui pourrait ouvrir des portes sur des trésors et un passé oubliés.

Sur des parcours similaires, déjà en 2018, nous avions découvert l'Escadrille Française du Tsar dans la collection de Patrick Charrier puis en 2019, les frères Novell et le passé aéronautique Catalan au travers des cartes postales remises par Sol Vidal Massaguer et qui feront l’objet d’une conférence  et d'une vidéo à Barcelone, en 2021.  

Ainsi, nous nous engagerons en 2020 avec Anciens Aérodromes sur ce nouveau chemin de René Crozet.

A suivre…