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| Aerodrome Caudron - Guyancourt Colorisé AeriastorIA |
Les Pionniers : De la forge de
Romiotte aux usines de guerre
Tout commence dans la Somme, loin des pistes des Yvelines. Dès
1908, deux frères habités par le génie de l'invention, Gaston et René Caudron,
construisent leur premier appareil dans la forge de la ferme familiale de
Romiotte. Faute de moteur, c’est une jument de course à la retraite, nommée «
Luciole », qui tracte l'engin pour lui permettre de s'élancer.
Le succès est fulgurant. René décroche son brevet de pilote en
1910, suivi de près par Gaston en 1911. Très vite, les deux frères fondent la
célèbre école du Crotoy et installent leur usine à Rue. Le prestige de la
marque dépasse les frontières : en 1913, la Chine commande douze biplans,
livrés en personne par René Caudron.
Le Drame de Lyon-Bron
La Première Guerre mondiale éclate et l'usine doit être repliée en
urgence à Issy-les-Moulineaux pour répondre aux commandes gigantesques de
l’armée. C’est au cœur de cet effort de guerre, le 12 décembre 1915, que le
drame frappe la fratrie : Gaston Caudron se tue lors d'un vol d'essai sur le
prototype du bimoteur Caudron R.4 à Lyon-Bron. Désormais seul, René reprend les
rênes d'une entreprise qui fournira des milliers d'appareils à l'armée.
Le Choix de Guyancourt : La
naissance d'une ruche technologique
L'Armistice de 1918 sonne l'arrêt des contrats militaires. René
Caudron doit réorienter ses usines vers l'aviation civile, le tourisme et les
lignes postales. Pour réussir ce pari, il s'entoure d'un aérodynamicien de
génie : l'ingénieur Marcel Riffard.
En 1930, le terrain d’Issy-les-Moulineaux est saturé. René Caudron
jette alors son dévolu sur le plateau de Villaroy, dans les Yvelines, une terre
historique pour l'aviation qui a vu naître les premiers vols de Clément Ader à
Satory ou les exploits de Farman à Toussus-le-Noble. Après quelques tractations
foncières auprès de propriétaires locaux, l'« Aérodrome Caudron » sort de terre
sur la commune de Guyancourt, doté d'une piste en herbe, de hangars en bois et
de cuves de carburant dernier cri.
Le véritable tournant a lieu le 1er juillet 1933. Louis Renault, constatant que
Caudron équipe ses avions de moteurs concurrents, provoque une rencontre. De
ces négociations naît la société Caudron-Renault. L’enseigne change, deux hangars
monumentaux de 30 mètres de large sont érigés, et le site devient une ruche
technologique sous la houlette du chef-pilote d'essais Raymond Delmotte, qui
enchaîne les records du monde de vitesse (dépassant les 505 km/h fin 1934).
La fine fleur de l'aviation et des enfants conquis
L'aérodrome acquiert une renommée internationale. Joséphine Baker
y passe son brevet de pilote en 1937. Antoine de Saint-Exupéry vient y préparer
ses raids. On y croise Adrienne Bolland, Maryse Bastié ou encore Michel
Detroyat. Les enfants du coin, surnommés « les petits gars des carlingues », se
pressent sur la piste pour obtenir un baptême de l'air ou admirer, en septembre
1938, les championnats de modèles réduits de la revue M.R.A., où des passionnés britanniques viennent
affronter les modélistes français.
De l'Ombre de la Guerre à la Libération
En 1940, la Luftwaffe prend possession du terrain. L'organisation
"Todt" transforme l'aérodrome bucolique en une base de chasse
fortifiée, bétonnant des dizaines d'alvéoles de protection pour les
Messerschmitt et Focke-Wulf Fw 190 sous la frondaison des bois environnants.
L'année 1944 est celle des destructions. Le 17 juin, 88 bombes
alliées labourent la base, pulvérisant les hangars. Le clocher de Voisins est
touché et les vitraux de l'église de Guyancourt sont soufflés le jour de la
Communion Solennelle. Par miracle, aucune victime civile n'est à déplorer.
La Libération donne lieu à de violents affrontements. Le 24 août
1944, les soldats français de la 2e DB du Général Leclerc attaquent le terrain
d'aviation, farouchement défendu par les troupes au sol de la Luftwaffe et
leurs redoutables canons de 88 Flak. Pris en étau, les Allemands finissent par
décrocher. Le 25 août au matin, Guyancourt est officiellement libérée.
L'Âge d'Or de l'Après-Guerre et le
Plateau de Cinéma
Après un déminage complet, l'État rouvre le terrain en octobre
1946. C'est le début d'un incroyable âge d'or pour l'aviation de tourisme. Dix
aéro-clubs s'y installent (Air France, les Infirmières Pilotes de la
Croix-Rouge...). L'entretien des 80 hectares de pelouses est assuré de manière
écologique par d'immenses troupeaux de moutons.
Quand Hollywood s'invite dans les Yvelines
Avec son décor préservé, l’aérodrome devient un plateau de cinéma
prisé. En 1935, Anatole Litvak y tourne L'Équipage, puis Mayerling en 1936. Jean Dréville y réalise Horizons sans fin en 1953.
Mais le tournage le plus mémorable reste celui de Billy Wilder en
1955 pour L'Odyssée de Charles
Lindbergh "The Spirit of St.
Louis".
Pour recréer l'atterrissage mythique du Bourget de 1927, Wilder
choisit le cadre bucolique de Guyancourt. Plus de 5 000 figurants envahissent
la plaine de Villaroy de nuit, sous les projecteurs, se ruant sur la piste en
herbe pour accueillir la réplique du célèbre monoplan piloté à l'écran par
James Stewart.
Le Clap de Fin
Au milieu des années 1980, Guyancourt est au sommet, se hissant au
premier rang des aérodromes d'affaires et d'aviation légère de la région
parisienne avec un pic vertigineux de 251 059 mouvements annuels en 1985, porté par
l'explosion du trafic d'hélicoptères. Un club d'aéromodélisme dynamique y
partage alors harmonieusement le ciel avec les avions de tourisme.
Cependant, le destin de la plate-forme est déjà scellé. Le projet
de la Ville Nouvelle de Saint-Quentin-en-Yvelines exige l'urbanisation de la
plaine. Malgré une résistance acharnée de la communauté aéronautique et des
riverains, l'intérêt de l'aménagement du territoire l'emporte.
Le 1er octobre 1989, les moteurs se taisent définitivement, les maquettes sont rangées et les caméras s'éteignent. L'aérodrome de Guyancourt ferme ses portes, léguant à l'histoire les souvenirs d'une époque où le plateau de Villaroy touchait les étoiles.

