vendredi 17 avril 2026

Sur les traces d'un oncle pionnier : l'émouvante rencontre de Toussus

Franck Barra sur biplan Farman
Coll. F Barra - Colorisée AeriastorIA

Un héritage vivant

L’histoire de l’aviation n’est pas faite que de métal et de records froids ; elle est faite d’hommes, de familles et de souvenirs qui traversent les siècles. C’est ce que nous a rappelé, avec une intensité rare, la récente journée organisée pour l’AAMA (Association des Amis du Musée de l'Air) à l’aéroport de Toussus-le-Noble. Aeriastory y a vécu un moment suspendu : la rencontre avec le petit-neveu de Frank Barra.

En revenant sur les traces de son grand-oncle, il ne cherchait pas seulement un site historique, mais un lien charnel avec son passé. Très ému de fouler le sol où son aïeul a fait son apprentissage à l'école Farman, il a partagé avec nous le récit et les photos d’une lignée marquée par l’audace. Pour lui, ce lieu n'est pas qu'un aérodrome, c'est le berceau où Frank Barra, détenteur du brevet civil n°171 depuis août 1910, a appris à dompter le ciel.

1911 : Un raid entre Orléans et Étampes

Franck Barra sur biplan Farman
Coll. F Barra
Grâce aux souvenirs familiaux et aux chroniques de l'époque, nous redécouvrons les exploits de ce pilote tricolore. Le 10 mai 1911, alors qu'il se trouve à Orléans pour les festivités de Jeanne d’Arc, Frank Barra signe un raid mémorable. Malgré un temps orageux et menaçant, il décolle de l'aérodrome de Cercottes pour rejoindre Étampes.

Ce vol n'est pas ordinaire : il transporte un passager de prestige, M. Klobukowski, gouverneur général de l’Indochine. Cette « randonnée aérienne » servait de préparation intense à Barra, qui s’apprêtait alors à s'aligner sur la ligne de départ de la mythique course Paris-Madrid, organisée par Le Petit Parisien.

1912 : L'audace de l'hydroaéroplane

L'épopée de Frank Barra ne s'arrête pas aux terres fermes. Le 5 juillet 1912, il fait la une de l'actualité aéronautique en réalisant un « cross-sea » périlleux au-dessus de la Méditerranée. Parti de Golfe-Juan au matin, il rallie Marseille aux commandes de son hydroaéroplane « Triad – Paulhan – Curtiss ».

Ce périple de 225 kilomètres, incluant une escale de ravitaillement à Hyères, est accompli en 2 heures et 15 minutes de vol. Là encore, la météo se montre hostile : un vent violent complique la navigation au-dessus des flots, mais Barra mène son appareil à bon port, prouvant une fois de plus sa maîtrise technique et son courage.

Une mémoire ancrée dans le tarmac

Aujourd’hui, si les établissements Farman ont laissé place à des structures modernes, tournées vers l'innovation, l’âme de Frank Barra plane toujours sur Toussus. 

Cette rencontre avec son petit-neveu nous rappelle l’importance de préserver ces lieux : ils sont les témoins de l’époque où des pionniers transformaient chaque vol en une aventure incertaine. Grâce à la transmission de cette mémoire familiale, le nom de Barra quitte les colonnes des vieux journaux pour redevenir une figure vivante, celle d'un grand-oncle dont l'audace continue d'inspirer ceux qui regardent le ciel.