samedi 16 mai 2026

Les Breguet Br 1150 Atlantic et Atlantique 2 : l'expertise de Toussus-le-Noble au service de la patrouille maritime

CA Jacques Petit
400 Ans Marine Nationale - Lann-Bihoué
Aériastory 2026
L’avion de patrouille maritime Breguet 1150 Atlantic, conçu par les usines Breguet à Toulouse, résulte du programme de l’Otan de la fin des années 1950 destiné à contrer la menace des sous-marins soviétiques. Cet appareil à vocation anti-sous-marine, dont le système d’armes utilisait des technologies électromécaniques, a été livré à partir de décembre 1965 aux marines française et allemande, puis néerlandaise, ainsi qu’à l’Armée de l’Air italienne. Il a été construit en 87 exemplaires.

Une évolution notable en France fut de lui adjoindre des capacités anti-surface par l’emport sous voilure de missiles antiradar AS-37 Martel et un complément d’écoute électronique. À noter, en dehors de son rôle maritime, ses capacités d’éclairage tactique sur zone et de guidage des Sepecat Jaguar de l’Armée de l’Air lors d’opérations sur des théâtres africains dès la fin des années 1970.   

Le Br 1150 Atlantic est le seul avion au monde conçu spécifiquement pour la patrouille maritime. Ses capacités aérodynamiques sont exceptionnelles : sa durée de vol peut atteindre 18 heures et il peut rallier Rio de Janeiro ou l’Afrique du Sud depuis la France. Sa structure est bilobée : la partie supérieure comprend le poste de pilotage et la tranche tactique ; la partie inférieure abrite une soute ouvrable en vol dans laquelle est accroché l’armement (charges, torpilles, missiles) ou des conteneurs de secours maritime. L’équipage est composé de dix à treize personnes selon les missions. Lors des détachements extérieurs, l’avion est autonome, emportant avec lui une équipe de piste et, en soute, le matériel nécessaire à sa mise en œuvre.

Son successeur en France fut l’avion de patrouille maritime Atlantique 2[1], conçu par les Avions Marcel Dassault-Breguet Aviation (AMDBA). À vocation double (anti-surface et anti-sous-marine), il possède une cellule similaire à celle du Br 1150, mais dispose d’un système d’armes nouveau faisant appel aux technologies numériques. Mis en service en 1990, le programme prévoyait 42 avions, mais seuls 28 exemplaires ont été construits, dont 18 sont actuellement en service. Cet avion n’a pas été acquis par les utilisateurs étrangers de son prédécesseur. Il a fait l’objet de modifications successives pour maintenir au plus haut niveau ses capacités de détection et de traitement des données capteurs.

Ces deux avions ont été construits par la Société européenne de construction du Breguet Atlantic (Secbat), qui rassemblait les industriels des pays acquéreurs.

L’on ne peut évoquer ces appareils sans rappeler le souvenir de l’ingénieur du Génie maritime René Bloch. Il mena de main de maître le programme de l’Otan et fut membre, puis président, de l’Académie de Marine ; un bâtiment porte d’ailleurs son nom à Lann-Bihoué. Son successeur à l’Académie de marine, auteur de la présente fiche, avait servi sous ses ordres lors des essais et de la mise en service du Br 1150 Atlantic.

L’une des raisons du succès du programme fut la mise en gestion commune des volants et des rechanges entre les nations utilisatrices. Le Centre international de gestion des matériels Atlantic (CIGMA) était rattaché au Service d’approvisionnement des matériels de l’Aéronautique navale (Saman) à Toussus-le-Noble. Il avait la tutelle de l’Entrepôt international des matériels Atlantic (Sigma), conjoint à l’Entrepôt principal de l’Aéronautique navale (Epan) situé à Cuers-Pierrefeu. Le CIGMA, dirigé par roulement par un officier des nations utilisatrices, était en lien constant avec les bases et magasins des différents pays.

De façon similaire, les échelons techniques des nations utilisatrices relevaient de la Section technique du Service central de l’Aéronautique navale (SC.Aéro/Stech) à Toussus-le-Noble, permettant l'échange en temps réel des informations techniques.

Le rédacteur de la présente fiche Contre-Amiral (2s) Jacques Petit a été chef de cette Section technique (SC.Aéro/Stech) et directeur du Service d’approvisionnement des matériels de l’Aéronautique navale à Toussus-le-Noble.

[1] Note : L'Atlantique 2 n’est pas un avion de marque Breguet, mais Dassault-Breguet.