mercredi 1 avril 2026

Toussus-le-Noble : L'empreinte américaine de 1944 surgit des sols de l'aérodrome

Travaux ADP Piste Toussus
Pierre Bocandé (ADP) - Gérard Finan (Aériastory)
À l’occasion des travaux de réfection de la piste de Toussus-le-Noble, l’association Aeriastory a pu plonger au cœur des racines de l’aérodrome. Entre archéologie militaire, dépollution pyrotechnique et patrimoine architectural, le chantier actuel lève le voile sur la logistique de 1944. 

Une visite au cœur de l'histoire

L'association Aeriastory souhaite remercier vivement Pierre Boncandé, manager des aérodromes d’aviation générale (Groupe ADP), ainsi que son équipe, pour nous avoir organisé une visite exceptionnelle d'un chantier ultra sécurisé.

De visu, nous avons pu constater l’ampleur des travaux et « toucher du doigt » ce qui, jusqu’à présent, n’était qu’une page d’histoire. 

Cette immersion a permis de confirmer la superposition des techniques utilisées par le Génie américain pour créer l'aérodrome A-46.

De l'herbe à l'acier : Une consolidation par étapes

Avant l'arrivée des Alliés, le plateau de Saclay avait déjà été stabilisé par les Allemands, notamment par l'assèchement de l'étang du Trou Salé. Sur cette base, les Américains ont procédé par étapes :

1.      L'urgence (Le SMT) : Pour une ouverture en 24 heures, les ingénieurs ont d'abord déployé du SMT (Square Mesh Track). Ce grillage métallique en rouleaux offrait une solution de déploiement ultra-rapide pour l'accueil des chasseurs, à la Libération.

2.      La consolidation (Le PSP) : Avec le QG d'Eisenhower, basé au Trianon Palace de Versailles, et le transport militaire, pour supporter des avions plus lourds, la piste a été renforcée par du PSP (Pierced Steel Planking). Ces plaques d'acier perforées ont créé l'armature rigide indispensable au ravitaillement allié.

PSP et SMT dégagés sous la piste de Toussus
Aériastory
Un chantier sous haute surveillance : 2 000 tonnes de ferraille et de risques

Le constat de terrain est sans appel : après 82 ans, les plaques PSP et le SMT sortent de terre totalement défoncées et tordues par des décennies de contraintes mécaniques. L'ampleur de l'extraction est massive : environ 50 000 plaques, soit un poids total avoisinant les 2 000 tonnes d'acier, sont aujourd'hui envoyées au rebut pour recyclage.
Mais ce terrassement ne se fait pas sans danger. Une équipe de dépollution pyrotechnique est impérativement présente sur le terrain. Leur mission est de sécuriser chaque mètre carré décaissé, les bombardements de 1944 ayant laissé dans le mille-feuille géologique de la piste des probables vestiges explosifs.

Pavillon construit par les américains à Toussus le Noble
Un patrimoine visible : Des pavillons de style colonial

L'héritage de 1944 reste aussi ancré par les maisons construites pour les officiers du 439th Troop Carrier Group et les officiers de liaison du quartier général d'Eisenhower (Versailles).
Ces habitations au style colonial continuent de servir de résidences. Elles ont accueilli successivement les commandants de l'aéroport, les officiers de l'Aéronautique navale, et sont aujourd'hui occupées par le personnel d'ADP ainsi que des résidents privés.

Un don pour la mémoire

Malgré l'envoi massif au recyclage, des pièces symboliques ont été sauvées et remises à la Commune de Toussus. Une plaque sera offerte à Aeriastory par le Groupe ADP. Ce vestige restera le témoin concret de l'époque où Toussus était identifié sur les Aeronautical Charts du US Army Map Service sous le code A-46.


Le Berceau de l'Air : Port-Aviation, L’aube d’une nouvelle ère pour l’aviation mondiale

Port Aviation 1909
AeriastorIA Colorisée

C’est à Viry-Châtillon, au cœur de la grande banlieue parisienne, que l’histoire de la conquête du ciel a pris une dimension industrielle et organisée. 

Le 23 mai 1909, l’inauguration de Port-Aviation ne marque pas seulement la naissance d'un terrain d'envol, mais celle du tout premier aérodrome structuré au monde. Conçu à l’initiative de la Société d’encouragement à l’aviation, ce site de 100 hectares, choisi pour sa topographie idéalement plane et sa protection naturelle contre les vents, a révolutionné les infrastructures aéronautiques. 
Sous le crayon de l’architecte Guillaume Tronchet, le projet a vu sortir de terre un ensemble complet comprenant des hangars, des ateliers de maintenance et de vastes tribunes, transformant le "champ de vol" en un véritable stade de l'air.

Un théâtre d'exploits aux portes de Paris

Si l’inauguration fut initialement contrariée par une météo capricieuse et un public encore timide, l'engouement ne tarda pas à transformer Port-Aviation en épicentre de l'avant-garde. Rapidement, les plus grands pionniers de l'époque — Blériot, Farman, Ferber ou encore Garros — s'emparent de la piste sous l'œil fasciné de la presse. L'année 1909 devient celle de toutes les consécrations : en juillet, Louis Blériot y effectue ses ultimes réglages avant de s'élancer vers la Manche, mais c’est la « Grande Quinzaine » d'octobre qui fait définitivement basculer le lieu dans la légende. Devant le président Armand Fallières, le Comte de Lambert y réalise le premier véritable exploit de navigation aérienne en reliant Viry à la Tour Eiffel. Ce vol de 48 minutes et 39 secondes suspend le temps dans la capitale, forçant des milliers de Parisiens à lever les yeux pour contempler l'avenir. Quatre ans plus tard, c’est encore ici qu’Adolphe Pégoud défie les lois de la physique en réalisant le premier looping de l'histoire.

Du déclin à la résurrection mémorielle

Photo : @Jacques Pageix
Toutefois, la gloire de Port-Aviation fut aussi intense qu'éphémère. Si le site a joué un rôle crucial durant la Première Guerre mondiale en formant près de 600 pilotes, il n'a pas survécu aux mutations de l'après-guerre. Victime d'inondations chroniques et concurrencé par l'émergence du site d'Orly, l'aérodrome est progressivement démantelé dès 1919 pour laisser place à des projets immobiliers. Aujourd'hui, un seul témoin de cette épopée héroïque subsiste : le Mess des Officiers. Ce bâtiment emblématique, bien que marqué par les ans et ayant perdu sa fonction d'accueil depuis 1927, demeure le dernier vestige tangible de ce berceau de l'air. Désormais labellisé « Patrimoine d'intérêt régional », il fait l'objet d'un ambitieux projet de revalorisation porté par la ville, dont le blason orné d'une hélice rappelle fièrement ce passé prestigieux.

AeriastorIA : Le patrimoine à l'heure du numérique

C'est dans cette volonté de transmission que s'inscrit aujourd'hui l'initiative d'Aeriastory. À travers son projet innovant AeriastorIA, l'association réalise une prouesse technologique en proposant la résurrection numérique de Port-Aviation. Grâce à une vidéo immersive inédite, les hangars disparus et l'effervescence des premiers vols reprennent vie, offrant une seconde existence à ce patrimoine disparu. 

Ce projet marque le lancement d'une série dédiée aux hauts lieux de l'aéronautique, prouvant que si les structures physiques s'effacent, l'innovation numérique peut restaurer la mémoire collective et rendre hommage à ceux qui ont appris au monde à voler.