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Maurice
Farman MF.11 Shorthorn |
L’histoire de l’aviation est souvent faite de rencontres fortuites et de curiosités partagées.
Tout a commencé par un message inattendu du rédacteur en presse d’un magazine d'aviation de Budapest, désireux d’utiliser nos archives photographiques. Cette sollicitation a été le catalyseur d’une plongée passionnée dans un contexte historique particulier : celui de la Première Guerre mondiale et de l'immédiat après-guerre.
Durant la Première Guerre mondiale, alors que la Hongrie fait partie intégrante de l'Empire austro-hongrois, l'usage des appareils Farman se fait de manière indirecte. Bien que l'Empire produise ses propres machines, comme les Hansa-Brandenburg ou les célèbres Lloyd, il n'hésite pas à intégrer à sa flotte des appareils capturés. Ces Farman de fabrication française ou italienne (produits sous licence par SIA en Italie) sont récupérés sur les fronts de l'Est et de l'Isonzo.Une fois aux mains des mécaniciens impériaux,
ils sont reversés aux unités de l'aviation impériale et royale, la fameuse K.u.K. Luftfahrtruppen. Ces
avions de prise servent alors à des missions de reconnaissance ou
d'entraînement, l'exemple en photo étant le Farman utilisé par la Flik 16 en
1917.
Après 1918, la donne change. La Hongrie devient indépendante mais
se retrouve soumise aux dures restrictions du Traité de Trianon. Pourtant,
l'aviation civile permet de maintenir un lien avec le constructeur français.
La
compagnie aérienne des frères Farman (SGTA) exploite alors des lignes à travers
toute l'Europe. Si les liaisons directes vers Budapest sont principalement
assurées par la CIDNA, l'ancêtre d'Air France, le matériel Farman devient une
vision familière sur les pistes hongroises. Le mythique Farman Goliath, géant
des airs dédié au transport de passagers, devient alors l'ambassadeur du
savoir-faire de Billancourt dans la région.
Cette fascination hongroise pour Farman n'est d'ailleurs pas née
de la guerre. Dès les prémices de l'aviation, entre 1910 et 1912, les pionniers
magyars tournaient déjà leurs regards vers la France. Nombre d'entre eux
achetèrent des appareils ou s'inspirèrent des plans du Farman III, qui
représentait à l'époque la référence mondiale absolue pour l'apprentissage du
vol.
Cependant, malgré cette influence évidente, la Hongrie n'a jamais franchi
le pas de la production sous licence industrielle, contrairement à la Belgique
ou au Japon. Elle a préféré privilégier ses propres conceptions nationales ou
se tourner vers des licences allemandes comme Albatros et Fokker.
Cette collaboration aujourd'hui avec nos confrères de Budapest,
par le biais de l'échange de photos d'époque, fait revivre une boucle
historique.
En partageant nos clichés de Farman arborant les marques
hongroises, Aeriastory redonne vie à une épopée où l'ingénierie française et
l'audace des pilotes magyars se sont croisées, au sol comme dans les airs, prouvant
que la passion pour le ciel ne connaît aucune frontière.
