jeudi 8 janvier 2026

De l'Avion à la Microcar : L'Avolette, un Mythe Automobile né dans les hangars de Toussus-le-Noble

Avolette - Air Tourist Toussus le Noble
coll Donald le Bihan
Colorisation AeriastorIA
Dans la France des années 1950, l'heure est à la reconstruction et à l'ingéniosité. L'équation de la mobilité abordable trouve sa réponse non pas dans les grandes usines, mais dans un lieu inattendu, imprégné d'aviation : l'aérodrome de Toussus-le-Noble. C'est ici qu'est née l'Avolette, une microcar qui incarnait l'esprit français d'entreprendre.

Un Transfert de Licence Aéronautique et une Collaboration Française

Au milieu des années 50, l'histoire de l'Avolette prend son envol.
En 1954, le prototype Brütsch Zweihundert de l'ingénieur allemand Egon Brütsch, petit concepteur de concepts automobiles à 3 et 4 roues de Stuttgart, est présenté au Salon de l'Auto de Paris. Le concept séduit Jean Avot, directeur de la société Air Tourist.

Air Tourist n'était pas un constructeur automobile. Basée à Toussus-le-Noble, son activité principale était l'importation d'avions (notamment les Cessna). Avot achète la licence à Egon Brütsch et décide de convertir une partie de ses installations aéronautiques à la production automobile, baptisant la version française Avolette.

Pour ce projet, Monsieur Avot fait appel à un ingénieur français de l'époque, Victor Bouffort. C'est lui qui sera chargé de concevoir le châssis tubulaire qui s'insérera entre les deux coques en polyester du véhicule.

Toussus-le-Noble : Un Hangar au Lieu d'une Usine

Avolette -  coll Donald le Bihan
Colorisation AeriastorIA
Le choix du site est crucial. Loin des chaînes de montage de l'industrie lourde, la fabrication de l'Avolette se déroulait en petite série dans un grand hangar à Toussus-le-Noble. Ce lieu unique explique le caractère artisanal et l'ambiance d'atelier :

  • Le Contexte du Travail : Un journaliste de l'époque décrivait un site rempli de véhicules à "divers stades d'assemblage", suggérant une production manuelle et une approche "atelier de fabrication".
  • Ingénierie de la Légèreté : La carrosserie en polyester (fibre de verre) – un matériau nécessitant un travail de moulage et d'ajustement plus manuel – s'accordait parfaitement à cette production à petite échelle. Ironiquement, les principes de légèreté et de performance appliqués à l'aviation se retrouvaient dans cette petite voiture de seulement 205 kg.

Dès le Salon de Paris 1956, l'Avolette prend son identité propre. Le nom allemand s'efface, la microcar arbore un phare cyclope et des lignes révisées.

Avolette - coll Donald le Bihan


L'Avolette : Une Gamme Modulable et Astucieuse

L'Avolette offrait une flexibilité remarquable pour l'époque, avec quatre motorisations possibles, selon l'utilisation prévue par le client. L'argument commercial mis en avant sur les salons était d'ailleurs l'interchangeabilité des moteurs :

  • 125 Ydral (souvent associée à une carrosserie jaune)
  • 175 Ydral (souvent associée à une carrosserie bleue)
  • 200 Sachs (souvent associée à une carrosserie rouge)
  • 250 Maico (souvent associée à une carrosserie orange), notamment pour la fameuse version Record De Luxe, la plus performante.

Ces moteurs 2 temps étaient refroidis par turbine et air pulsé, une solution simple et efficace.

Quelques options étaient disponibles pour personnaliser la voiture, telles que le toit en plexiglas, les enjoliveurs de roues, une capote, ou un entourage de pare-brise chromé.

Conçue pour ceux qui osaient la vitesse, la Record De Luxe (souvent la version 250 Maico) était un concentré d'ingénierie légère :

Avolette - coll Donald le Bihan

Précisions sur la Production et la Survie

Selon Donald le Bihan, collectionneur qui nous met sur le chemin de l'Avolette, ce produit de niche assemblé dans ce hangar d'aviation, n'a connu qu'une production limitée (fin 1956 à mi-1957). Les estimations les plus précises sur le projet français d'Air Tourist sont les suivantes :

Production Totale : On estime qu'environ 30 à 50 exemplaires de l'Avolette ont été fabriqués.  À ce jour, 6 voiturettes sont connues pour avoir survécu. 4 exemplaires sont restés en France, tandis que 2   sont conservés dans des musées aux États-Unis, assurant ainsi la préservation de ce patrimoine unique.

Cette faible proportion de survivantes confirme que l'Avolette reste l'une des pièces de collection les plus rares et les plus fascinantes de l'histoire des microcars françaises. Le mythe de ce véhicule, né au milieu des pièces d'avions à Toussus-le-Noble, continue de faire rêver les collectionneurs.